Le chien, le chat et le lapin... Mon chien mange des crottes : quels sont les risques?
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Toxoplasmose, parasites intestinaux, bactéries : les excréments de lapin et de chat ne présentent pas les mêmes dangers. Que risque réellement votre chien, et quand faut-il s'inquiéter ?

Votre chien vient d'avaler quelques crottes de lapin pendant une promenade. Ou peut-être avez-vous découvert qu'il profite de la moindre occasion pour se servir dans la litière du chat.
Ces deux situations provoquent souvent la même réaction : du dégoût, suivi d'une inquiétude. Risque-t-il d'attraper une maladie ? Faut-il le vermifuger ? Est-ce dangereux pour les membres de la famille ?
La réponse dépend notamment de l'espèce qui a produit les excréments, des parasites qu'elle peut héberger et des conditions dans lesquelles le chien les a ingérés.
Tous les excréments ne présentent pas les mêmes risques, et ingérer un parasite ne signifie pas nécessairement être infecté.
Pour le comprendre, commençons par deux situations très concrètes.
1. Mon chien a mangé des crottes de lapin : faut-il s'inquiéter ?
Les lapins peuvent héberger différents parasites, mais beaucoup ne sont pas capables de se développer chez le chien. C'est notamment le cas des coccidies du genre Eimeria, responsables de certaines maladies intestinales chez les lapins. Ces parasites présentent une spécificité d'hôte importante : les espèces d'Eimeria qui infectent le lapin ne provoquent pas une coccidiose canine. Un chien peut néanmoins avaler leurs oocystes en consommant des crottes de lapin. Il est même possible de retrouver ces oocystes lors d'un examen de ses propres selles, après leur passage dans le tube digestif. Cela ne signifie pas qu'ils se sont multipliés dans son organisme. Les spécialistes parlent alors de pseudoparasites : des organismes ou structures parasitaires présents dans un prélèvement, mais ne correspondant pas à une infection active de l'animal examiné. Cette distinction est particulièrement utile, car la découverte d'un parasite dans des selles ne suffit pas toujours à établir un diagnostic de maladie parasitaire.
Et la toxoplasmose ?
Le lapin peut être infecté par Toxoplasma gondii, le parasite responsable de la toxoplasmose.
Mais il ne joue pas le même rôle que le chat dans son cycle biologique. Chez le lapin, le parasite peut former des kystes dans différents tissus, notamment musculaires ou nerveux. En revanche, le lapin ne produit pas les oocystes qui sont excrétés par les félidés.
Les crottes de lapin ne constituent donc pas une voie de transmission directe habituelle de la toxoplasmose.
Une contamination extérieure reste théoriquement possible : des crottes présentes dans la nature peuvent être souillées par de la terre ou d'autres matières contenant des oocystes provenant de chats ou de félins sauvages. Mais nous ne disposons pas de données permettant de considérer l'ingestion de crottes de lapin comme une voie fréquente de contamination des chiens par T. gondii.
Les crottes de lapin sont-elles pour autant sans danger ?
Pas nécessairement. Les excréments d'un animal sauvage peuvent être contaminés par des microorganismes présents dans l'environnement. Ils peuvent aussi entrer en contact avec des substances indésirables. Cependant, il faut distinguer un risque biologiquement possible d'un risque fréquent ou démontré.
Chez un chien en bonne santé qui a ingéré occasionnellement quelques crottes de lapin et ne présente aucun symptôme, il n'y a généralement pas de raison de considérer la situation comme une urgence. Il reste préférable d'éviter que ce comportement se répète, sans pour autant en dramatiser les conséquences.
Ne pas confondre toxoplasmose et myxomatose
Concernant la myxomatose , il s'agit d'une maladie virale spécifique aux lagomorphes (lapins, lièvres), causée par le Myxoma virus (famille des Poxviridae). Les chiens ne peuvent pas contracter la myxomatose, même en ingérant des crottes de lapin infectées, car le virus est strictement adapté aux lapins et ne présente aucun risque pour les autres espèces, y compris les humains et les carnivores domestiques comme les chiens.
2. Mon chien mange les crottes du chat : pourquoi est-ce différent ?
Le chat occupe une place particulière dans le cycle de plusieurs parasites. Pour la toxoplasmose, cette différence est fondamentale. Les félidés sont les seuls hôtes définitifs connus de Toxoplasma gondii. C'est chez eux que se déroule la reproduction sexuée du parasite, avec production possible d'oocystes éliminés dans les selles.
Un chat infecté peut ainsi contaminer son environnement, mais cela ne signifie pas que tous les chats excrètent des oocystes en permanence.
Lorsqu'un chat excrète des oocystes après une infection, cette excrétion dure généralement entre 7 et 15 jours. Elle n'est donc pas permanente, même si les oocystes libérés peuvent ensuite persister longtemps dans l'environnement. Les oocystes fraîchement éliminés ne sont généralement pas immédiatement infectants : leur maturation nécessite une maturation appelée sporulation qui dure habituellement entre un et cinq jours, selon les conditions environnementales. Cette particularité explique l'intérêt du nettoyage quotidien de la litière : retirer les selles avant que des oocystes éventuellement présents ne deviennent infectants permet de réduire une voie de contamination. Mais cela ne signifie pas que les selles fraîches soient exemptes de tout autre danger sanitaire.

Figure - Comprendre le cycle de la toxoplasmose
Seuls les félidés produisent les oocystes de Toxoplasma gondii éliminés dans les selles. Le lapin et le chien peuvent être infectés sans en produire. Le chien peut également transporter passivement des oocystes ingérés dans un environnement contaminé.
Comment nettoyer la litière et les sols pour limiter la contamination ?
Une fois devenus infectants, les oocystes de Toxoplasma gondii peuvent persister longtemps dans le sol ou l'eau, parfois plusieurs mois à plusieurs années selon les conditions. Le risque environnemental ne disparaît donc pas simplement parce que les selles à l'origine de la contamination ne sont plus visibles. Cette résistance rend l'entretien de la litière particulièrement important. Le geste le plus efficace est d'abord préventif : retirer les selles chaque jour, avant que les oocystes éventuellement présents aient eu le temps de devenir infectants.
Pour les femmes enceintes et afin de limiter le risque de transmission de la toxoplasmose, l'ANSES recommande de faire nettoyer quotidiennement le bac à litière du chat à l'eau bouillante, de préférence par une autre personne, ou de porter des gants si elles doivent le faire elles-mêmes. Il convient également de se laver soigneusement les mains après toute manipulation de la litière. l'ANSES recommande l'utilisation d'eau chaude à une température d'au moins 70 °C. Il faut auparavant retirer les matières souillées et nettoyer le bac pour éliminer les résidus, puis utiliser une eau suffisamment chaude sur un matériau qui la supporte, en évitant les brûlures. Sur les sols, la priorité consiste à retirer rapidement les matières fécales, puis à nettoyer les surfaces avec de l'eau et un détergent pour éliminer physiquement les souillures. En cas de contamination avérée ou suspectée, l'utilisation de chaleur humide peut être envisagée sur les surfaces compatibles, mais un nettoyage ordinaire ne garantit pas l'inactivation de tous les oocystes. Il ne faut pas compter uniquement sur l'eau de Javel ou les désinfectants ménagers habituels : les oocystes de T. gondii sont particulièrement résistants à de nombreux produits chimiques.
Ces précautions doivent rester proportionnées à la situation. Dans un foyer sans contamination connue, le ramassage quotidien des selles, l'entretien régulier du bac et le lavage des mains constituent les mesures prioritaires.
Un chien peut-il attraper la toxoplasmose en mangeant des crottes de chat ?
Oui, si les matières ingérées contiennent des oocystes infectants. Le chien peut être infecté par T. gondii, même s'il n'est pas capable de produire lui-même des oocystes comme les félidés. La plupart des infections ne provoquent pas nécessairement une maladie clinique. Cependant, certaines situations de fragilité immunitaire ou d'autres affections concomitantes peuvent favoriser des manifestations plus graves. Il faut également rappeler que la toxoplasmose n'est pas le seul risque associé aux selles de chat. D'autres agents infectieux peuvent être présents, selon l'état sanitaire du chat et son environnement. Tous ne sont cependant pas capables de provoquer une infection chez le chien.
Et si le chien avale aussi de la litière ?
C'est un risque distinct de celui lié aux parasites. Les litières possèdent des compositions très différentes : minérales, végétales, agglomérantes ou non agglomérantes. L'ingestion d'une petite quantité accidentelle ne provoque pas nécessairement de problème, mais une quantité importante peut entraîner des troubles digestifs. Certaines litières agglomérantes, particulièrement lorsqu'elles sont consommées en quantité, peuvent contribuer à la formation d'une masse digestive difficile à évacuer. La taille du chien, la quantité ingérée et le type de litière influencent le risque. Si votre chien a avalé une quantité importante de litière, ou s'il présente des vomissements répétés, un abdomen douloureux, une perte d'appétit ou des difficultés à déféquer, contactez rapidement un vétérinaire.
3. Une expérience surprenante : un chien peut transporter un parasite sans le produire
En 1997, David Lindsay et ses collègues ont cherché à déterminer si les chiens pouvaient participer au transport mécanique de Toxoplasma gondii. Les chercheurs ont réalisé deux expériences.
Dans la première, deux chiens ont ingéré des oocystes déjà sporulés, donc infectants. Les scientifiques ont ensuite recherché ces oocystes dans leurs selles. La seconde expérience concernait des oocystes déposés sur le pelage. Les résultats de ces expériences montrent que des oocystes infectants peuvent traverser le tube digestif du chien et être retrouvés encore viables dans ses selles. Les deux chiens exposés ont également développé des anticorps contre le parasite, sans présenter de signes cliniques. En revanche, les oocystes non sporulés déposés sur le pelage n'ont pas acquis leur caractère infectant dans les conditions de l'expérience.
Ces résultats documentent la possibilité d'un transport mécanique de Toxoplasma gondii par le chien. Ils ne permettent toutefois pas d'estimer la fréquence de ce phénomène dans les conditions naturelles, ni d'établir l'importance réelle de cette voie dans la contamination humaine. Un chien peut donc transporter des oocystes sans en être l'hôte définitif, mais ce transport ne signifie pas qu'il représente une source fréquente de toxoplasmose pour son entourage.
4. Quels sont les risques pour les humains ?
La toxoplasmose peut toucher l'humain, mais sa transmission ne se résume pas au contact avec les animaux de compagnie. Les principales voies d'exposition comprennent notamment la consommation de viande contaminée insuffisamment cuite et l'ingestion accidentelle d'oocystes présents dans l'environnement. Ces oocystes peuvent contaminer la terre, l'eau ou des végétaux, après avoir été excrétés par un félidé. La manipulation de matières contaminées peut présenter un risque si les oocystes sont ensuite portés à la bouche. Le simple fait de caresser un chat ou un chien ne constitue pas une voie directe habituelle de transmission de la toxoplasmose.
En revanche, l'hygiène des mains reste importante après la manipulation de litières, le jardinage ou le nettoyage de matières souillées. La prévention est particulièrement importante pour les femmes enceintes non immunisées contre la toxoplasmose et les personnes immunodéprimées. Elle ne repose pas uniquement sur la gestion des litières. La cuisson suffisante des viandes, le lavage soigneux des fruits, légumes et herbes aromatiques, l'hygiène des mains après le jardinage et la manipulation de matières potentiellement contaminées constituent également des mesures essentielles. Pour la litière, le nettoyage quotidien réduit le risque que des oocystes éventuellement présents deviennent infectants. Pour les personnes particulièrement vulnérables, il est préférable que ce nettoyage soit effectué par une autre personne lorsque cela est possible ; sinon, le port de gants et le lavage soigneux des mains sont recommandés. Ces précautions ne justifient pas de se séparer de son chat ou de son chien.
5. Que faire si mon chien vient de manger des crottes ?
La conduite à tenir dépend du contexte.
S'il a mangé quelques crottes de lapin
Chez un chien en bonne santé, sans symptôme particulier, une ingestion occasionnelle ne justifie généralement pas une consultation d'urgence. Empêchez-le d'en consommer davantage et poursuivez une surveillance habituelle. Si des troubles digestifs apparaissent ou persistent, demandez conseil à votre vétérinaire.
S'il a mangé des selles de chat
Éloignez-le de la litière et vérifiez s'il a également ingéré une quantité importante de matériau absorbant. Le risque de toxoplasmose dépend notamment de l'éventuelle présence d'oocystes infectants dans les selles. Il ne peut pas être déterminé à partir de la seule observation du chien. Une ingestion isolée chez un animal en bonne santé ne conduit pas systématiquement à une maladie. En revanche, si le chien est immunodéprimé, présente des symptômes ou a ingéré beaucoup de litière, un avis vétérinaire est préférable.
Faut-il vermifuger immédiatement ?
Pas systématiquement. Un vermifuge courant n'agit pas contre tous les parasites, et il n'existe pas de traitement préventif universel à administrer après chaque ingestion d'excréments. Le choix d'un éventuel examen de selles ou d'un traitement dépend du parasite suspecté, des symptômes, de l'historique sanitaire du chien et de son niveau d'exposition. Il est donc préférable d'éviter l'administration répétée de produits antiparasitaires sans indication adaptée.
Quand consulter rapidement ?
Demandez un avis vétérinaire si votre chien présente des vomissements répétés, une diarrhée importante, un abattement inhabituel, des douleurs abdominales ou une détérioration de son état général. Une ingestion importante de litière ou l'apparition de difficultés à déféquer justifie également une évaluation rapide.
6. Comment réduire les risques sans empêcher toute exploration ?
Les chiens explorent leur environnement notamment grâce à leur odorat. Il n'est ni nécessaire ni souhaitable de chercher à supprimer toute exploration olfactive pour prévenir l'ingestion d'excréments. L'objectif est plutôt d'éviter le passage de l'exploration à l'ingestion lorsque la substance présente un risque.
En promenade, un signal de renoncement progressivement entraîné et un rappel fiable peuvent contribuer à interrompre certaines situations. À la maison, l'aménagement de la litière doit permettre au chat d'y accéder facilement tout en limitant l'accès du chien. Une barrière avec passage adapté au chat, une pièce réservée ou une disposition réfléchie peuvent être utiles, à condition de préserver le confort et les habitudes du chat.
Enfin, le ramassage régulier des selles réduit l'exposition aux excréments et, dans le cas de la toxoplasmose, limite les occasions de maturation des oocystes éventuellement présents.
Pour comprendre pourquoi certains chiens recherchent activement les excréments, nous avons consacré un article distinct à la coprophagie et aux hypothèses scientifiques qui tentent de l'expliquer : Pourquoi mon chien mange-t-il des crottes ? Les idées reçues face à la science
Conclusion — Les risques dépendent du parasite, pas seulement de la crotte
Manger des crottes de lapin et manger des selles de chat sont deux situations qui peuvent sembler identiques du point de vue du propriétaire. Mais elles ne présentent pas les mêmes enjeux parasitaires. Le lapin peut héberger Toxoplasma gondii sans produire les oocystes éliminés par les félidés. Certains de ses autres parasites intestinaux, comme les coccidies du genre Eimeria, ne sont pas adaptés au chien. Le chat, lui, peut excréter des oocystes de T. gondii, qui deviennent infectants après maturation dans l'environnement. Le chien peut être infecté par certains agents, en transporter d'autres sans qu'ils se développent chez lui, ou les éliminer après leur passage dans son tube digestif. La présence d'un parasite dans les excréments ne suffit donc pas à établir qu'il représente un danger infectieux pour toutes les espèces. Cette distinction permet de prévenir les risques réels sans transformer chaque ingestion occasionnelle en motif d'inquiétude excessive.
Pour aller plus loin
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Bibliographie
Cycle parasitaire, transmission et toxoplasmose
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Coccidies et diagnostic parasitologique
Companion Animal Parasite Council (CAPC). Coccidia. Recommandations concernant les coccidies du chien et du chat, notamment les oocystes d'Eimeria observés après coprophagie. Consulter les recommandations.
Prévention sanitaire
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Centers for Disease Control and Prevention (CDC) (2024). Preventing Toxoplasmosis. Recommandations de prévention et d'hygiène de la litière. Consulter les recommandations.
Assurance Maladie. Toxoplasmose : gestes de prévention à adopter lors de la grossesse ou en cas d'immunodépression. Ameli.fr. Consulter les recommandations.



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