Communication canine : comment les chiens se comprennent-ils vraiment ?
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Postures, regards, vocalisations et interactions : ce que les études scientifiques nous apprennent sur les signaux des chiens et ce que nous interprétons parfois trop vite.

Communication canine : comment les chiens se comprennent-ils vraiment ?
Postures, regards, vocalisations et interactions : ce que les études scientifiques nous apprennent sur les signaux des chiens, et ce que nous interprétons parfois trop vite.
Deux chiens se rencontrent au détour d'un chemin. Le premier avance directement vers son congénère, la queue en mouvement. Le second ralentit, détourne la tête, puis tente de s'éloigner. Quelques secondes plus tard, un grognement éclate.
Que s'est-il passé ? L'un des chiens n'aurait-il pas compris les « codes canins » ? Le second aurait-il envoyé un signal d'apaisement que son partenaire aurait ignoré ?
Ces expressions sont devenues courantes dans le monde canin. Nous parlons volontiers de chiens « polis », « impolis », capables ou incapables de communiquer correctement. Pourtant, ces explications supposent souvent que chaque geste possède une signification précise, comprise de la même manière par tous les chiens.
Les recherches en éthologie révèlent une réalité plus complexe. La communication canine ne fonctionne pas comme un dictionnaire universel de postures. Elle repose sur des échanges dans lesquels les comportements, les expériences individuelles, le contexte et les réactions des partenaires se combinent.
Pour comprendre ce que les chiens se communiquent réellement, les scientifiques ne se contentent donc pas d'identifier des gestes. Ils cherchent à déterminer dans quelles circonstances ils apparaissent, à qui ils sont adressés et comment les autres chiens y répondent.
Cette démarche change profondément notre manière d'observer les rencontres canines.
1. Un comportement n'est pas nécessairement un message
Un chien bâille pendant une rencontre. Un autre détourne la tête lorsqu'un congénère approche. Un troisième s'immobilise avant de reprendre son chemin.
Ces comportements sont faciles à observer. Leur signification, en revanche, n'est pas toujours aussi évidente.
Pour les étudier, il faut distinguer trois notions : le comportement, l'indice et le signal de communication.
Un comportement est simplement une action observable. Bâiller, détourner la tête, grogner ou se rapprocher d'un autre chien entrent dans cette catégorie.
Un indice est une caractéristique susceptible de renseigner un observateur sur l'état de l'animal, sans nécessairement avoir une fonction de communication. Une modification de la respiration peut, par exemple, accompagner un effort physique ou une situation émotionnellement exigeante.
Un signal de communication, enfin, est un comportement ou une caractéristique dont la fonction communicative est étayée par son utilisation et par les réponses qu'il suscite chez les destinataires.
Cette distinction est importante parce qu'un même geste peut apparaître dans des circonstances très différentes.
Un chien peut bâiller parce qu'il est fatigué, parce qu'il traverse une situation stressante ou dans d'autres contextes encore. Observer ce bâillement ne suffit donc pas à affirmer qu'il cherche à calmer un autre chien.
De même, un détournement de tête peut participer à une interaction sociale, mais il peut aussi correspondre à une orientation vers une autre stimulation de l'environnement.
Pour dépasser ces interprétations intuitives, les chercheurs examinent les comportements dans leur déroulement : que faisait le chien auparavant ? Vers qui était-il orienté ? Que s'est-il passé ensuite ? Son partenaire a-t-il réagi ?
Un geste isolé renseigne rarement autant que la séquence dans laquelle il apparaît.
2. Les chiens disposent de plusieurs moyens de communication
Lors d'une rencontre, nous observons généralement d'abord les postures corporelles. Pourtant, les chiens disposent de plusieurs canaux de communication, dont certains nous sont beaucoup moins accessibles.
Le corps fournit de nombreuses informations visuelles. L'orientation de la tête, la position des oreilles, les mouvements de la queue, les expressions faciales et les déplacements peuvent participer à la régulation des interactions.
Mais aucun de ces éléments ne possède une signification entièrement indépendante du contexte.
Une queue portée haut, par exemple, ne démontre pas à elle seule qu'un chien cherche à dominer son partenaire. Sa position habituelle dépend aussi de la morphologie de l'animal. De la même manière, un mouvement de queue ne garantit pas une intention amicale : il doit être interprété avec la posture générale et les circonstances.
Les vocalisations constituent un autre canal important. Les aboiements, les grognements et les gémissements peuvent fournir des informations sur le contexte et sur certaines caractéristiques de l'individu qui les produit. Des expériences montrent même que les chiens réagissent différemment à des grognements enregistrés dans des situations distinctes.
L'odorat joue également un rôle majeur dans la vie sociale canine. Les odeurs corporelles et les marquages peuvent apporter des informations sur les individus, leur état physiologique ou leur passage dans un lieu. Cette dimension est cependant difficile à observer directement pour les humains, qui ne disposent pas des mêmes capacités sensorielles.
Enfin, les contacts physiques interviennent eux aussi dans les relations entre chiens. Appuis corporels, rapprochements, mordillements de jeu et autres interactions tactiles peuvent prendre des significations différentes selon ce qui les précède et la manière dont le partenaire y répond.
La communication canine est donc multimodale : plusieurs sources d'information se combinent au cours d'une même rencontre.
Cette complexité explique pourquoi il est difficile de réduire une interaction à une seule posture ou à un geste présenté comme universel.
3. Les « signaux d'apaisement » : que montrent réellement les recherches ?

Depuis plusieurs décennies, l'expression « signaux d'apaisement » occupe une place importante dans les discussions sur la communication canine.
Popularisé notamment par Turid Rugaas, ce concept regroupe différents comportements, parmi lesquels le détournement de tête, le léchage de truffe, le bâillement, le ralentissement des mouvements et certaines postures d'évitement.
L'idée centrale est que ces manifestations permettraient aux chiens de limiter les tensions et de prévenir les conflits.
Cette approche a eu un mérite important : attirer l'attention sur des comportements discrets, souvent négligés lorsque l'on s'intéresse principalement aux grognements, aux aboiements ou aux morsures.
Mais une question scientifique demeure : tous les comportements regroupés sous cette appellation possèdent-ils réellement une fonction d'apaisement ?
Pour y répondre, il faut distinguer plusieurs phénomènes. Un comportement peut accompagner un état émotionnel, transmettre une information ou modifier la réaction d'un autre chien. Ces possibilités ne sont pas forcément incompatibles, mais aucune ne peut être démontrée à partir de la seule apparence du geste.
C'est notamment cette question qu'ont abordée Mariti et ses collègues dans une étude pilote publiée en 2017.
Expérience 1 — Que se passe-t-il après une manifestation agressive ?
Mariti et al., 2017
Les chercheurs ont observé 24 chiens au cours de rencontres avec des congénères familiers ou inconnus. Ils ont relevé 2 130 occurrences de comportements habituellement classés parmi les « signaux d'apaisement ».
Ces comportements apparaissaient davantage pendant les interactions sociales qu'en dehors de celles-ci. Certains étaient aussi plus fréquents face à des chiens inconnus.
Les chercheurs se sont ensuite intéressés aux manifestations agressives survenues pendant les rencontres. Ils ont relevé 109 épisodes comportant une manifestation agressive. Dans 73 d'entre eux, le chien qui recevait cette manifestation émettait ensuite au moins un comportement classé parmi les « signaux d'apaisement ». Dans ces 73 séquences, les chercheurs ont relevé trois évolutions possible de l'intensité de la manifestation aggressive suite à ces signaux :
58
Diminution
11
Intensité stable
4
Augmentation
Ces observations ne permettent pas d'affirmer que les comportements émis ont provoqué la diminution de l'agressivité. Elles documentent une association temporelle, sans en établir le mécanisme causal. Aucun des épisodes agressifs recensés n'avait été précédé de l'émission d'un de ces comportements par le chien qui allait recevoir l'agression.
Un corrigendum publié la même année apporte une précision importante : lorsque les chiens ne produisaient pas de comportement classé comme signal d'apaisement après une manifestation agressive, ils s'éloignaient généralement de leur partenaire.
Ces observations suggèrent que certains comportements traditionnellement appelés « signaux d'apaisement » peuvent participer à la régulation des interactions sociales. Leur apparition après une manifestation agressive était fréquemment suivie d'une diminution de son intensité.
Mais l'étude était observationnelle. Elle ne permet pas de démontrer que ces comportements ont provoqué la diminution de l'agressivité. D'autres facteurs peuvent intervenir, notamment la dynamique générale de l'interaction ou les modifications du comportement de chaque partenaire.
L'expérience ne valide donc pas l'existence d'un répertoire universel de gestes ayant tous une fonction d'apaisement. Elle montre plutôt l'intérêt d'observer leur apparition et les réactions qui suivent, sans présumer de leur signification.
Ce que cela change lorsque deux chiens se rencontrent
Imaginons maintenant deux chiens en promenade.
Le premier s'approche rapidement, en ligne droite, avec le corps tendu et son attention orientée vers son congénère. Le second ralentit, détourne la tête et cherche à s'éloigner.
On pourrait être tenté de considérer que le premier veut simplement dire bonjour et que le second doit apprendre à accepter la rencontre. Pourtant, plusieurs comportements de ce dernier sont compatibles avec une tentative d'éviter ou de limiter l'interaction.
Dans cette situation, attendre un grognement pour intervenir reviendrait à négliger les informations déjà disponibles.
L'approche frontale n'est pas pour autant systématiquement menaçante. Des chiens peuvent se rapprocher directement dans des contextes amicaux. C'est la combinaison de la trajectoire, de la vitesse, des postures et des réactions du partenaire qui mérite notre attention.
La distance de confort varie également selon les individus. Un chien peut tolérer un contact rapproché dans un grand espace et rencontrer davantage de difficultés dans un passage étroit ou lorsqu'il est retenu par une laisse courte.
Il n'existe donc ni distance idéale pour tous les chiens ni règle scientifique imposant une approche en arc de cercle à chaque rencontre.
Le plus utile est de repérer dans quelles conditions l'interaction reste confortable pour chacun et à partir de quel moment elle devient plus difficile.
4. Le jeu : comment les chiens évitent-ils les malentendus ?
Le jeu social constitue un terrain particulièrement intéressant pour les recherches sur la communication.
Les chiens peuvent s'y poursuivre, se mordiller, grogner, se pousser ou s'immobiliser. Certains de ces comportements ressemblent à ceux observés dans des interactions conflictuelles. Ces comportements peuvent pourtant apparaître au cours d'interactions ludiques, dans lesquelles les partenaires continuent à participer et coordonnent leurs actions. Comment les chiens parviennent-ils à maintenir ces échanges malgré l'ambiguïté de certains mouvements ?
Les chercheurs se sont notamment intéressés aux révérences de jeu, à l'attention portée au partenaire et à la reproduction rapide de certaines expressions.
Une révérence signifie-t-elle toujours « je veux jouer » ?
La révérence est l'une des postures les plus reconnaissables du jeu canin. Le chien abaisse l'avant de son corps tout en gardant l'arrière-train relevé.
En 1995, Marc Bekoff a proposé que cette posture puisse participer à la clarification du caractère ludique de comportements potentiellement ambigus, comme certaines poursuites ou morsures inhibées.
Mais cette hypothèse ne suffit pas à expliquer toutes les circonstances dans lesquelles les chiens effectuent une révérence.
Une question devient alors particulièrement intéressante : que se passe-t-il juste avant et juste après cette posture ?
Expérience 2 — La révérence peut-elle relancer une interaction interrompue ?
Byosiere, Espinosa & Smuts, 2016
Les chercheurs ont étudié les révérences produites pendant des interactions ludiques entre chiens adultes. Leur démarche consistait à examiner le déroulement du jeu, plutôt qu'à attribuer une signification fixe à la posture.

Ils ont observé que les révérences apparaissaient souvent après une courte interruption et étaient fréquemment suivies d'une reprise de l'activité.
Cette reprise s'accompagnait notamment de comportements coordonnés entre les partenaires. Par exemple, un chien pouvait s'éloigner et être poursuivi par l'autre.
Les résultats soutiennent ainsi l'hypothèse selon laquelle la révérence peut contribuer à relancer le jeu après une pause.
Ils ne permettent pas d'affirmer qu'elle sert systématiquement à clarifier des actions susceptibles d'être mal interprétées.
L'expérience illustre une idée essentielle : pour comprendre un comportement de communication, il faut examiner ce qu'il change dans le déroulement de l'interaction.
Les chiens adaptent-ils leurs invitations au jeu à l'attention du partenaire?
La posture produite n'est pas la seule information importante. Encore faut-il que le partenaire puisse la percevoir.
Alexandra Horowitz s'est intéressée à cette question en étudiant les interactions ludiques entre chiens.
Ses observations montrent que les comportements destinés à proposer le jeu apparaissaient presque exclusivement lorsque le partenaire était orienté vers le chien qui les produisait.
Lorsque l'autre regardait ailleurs, les chiens utilisaient davantage des comportements susceptibles d'attirer son attention avant de proposer le jeu. Ils semblaient également adapter leurs actions au degré d'inattention de leur partenaire.
Ces résultats suggèrent que les chiens tiennent compte de l'orientation et de l'attention apparente de leur congénère.
La communication ne dépend donc pas seulement des signaux disponibles, mais aussi de la possibilité pour le destinataire de les percevoir.
Une imitation presque instantanée pendant le jeu
Une autre étude, publiée en 2015 par Palagi, Nicotra et Cordoni, s'est intéressée à la reproduction rapide de certaines expressions ludiques.
Les chercheuses ont observé que des chiens pouvaient reproduire en moins d'une seconde certaines manifestations de leur partenaire, notamment des révérences ou des ouvertures détendues de la bouche.
Ces réponses rapides étaient associées à des séquences de jeu plus longues et variaient selon la familiarité entre les individus.
Les autrices ont proposé que ce phénomène puisse contribuer à la coordination des partenaires et éventuellement être associé à une forme de contagion émotionnelle.
Mais cette dernière interprétation reste une hypothèse. L'étude ne mesurait pas directement les émotions ressenties par les animaux.
Ce qui est documenté, c'est avant tout une coordination comportementale rapide au cours des interactions ludiques.
Comment reconnaître un jeu qui reste agréable ?
Ces recherches ne conduisent pas à dresser une liste de gestes garantissant qu'un jeu se déroule bien.
L'alternance des poursuites, les pauses, les changements de rôle et les invitations réciproques constituent des indices intéressants. Leur absence ponctuelle ne suffit toutefois pas à conclure qu'une interaction est problématique.
Pour un propriétaire, une question est souvent plus utile que l'identification de chaque posture : les deux chiens continuent-ils à participer volontairement ?
Un animal peut-il interrompre l'activité, prendre de la distance ou quitter l'interaction sans être immédiatement poursuivi ?
Un chien qui cherche régulièrement à s'éloigner tandis que son partenaire le sollicite sans lui laisser de répit mérite une attention particulière, même si aucun grognement n'a encore été entendu.
5. Les grognements : des sons qui transmettent plus qu'une menace
Le grognement est souvent présenté comme un comportement agressif. Pourtant, les chiens grognent dans des circonstances très différentes : pendant le jeu, lorsqu'ils protègent une ressource, face à une menace ou au cours d'une interaction conflictuelle.
Ces vocalisations possèdent des propriétés acoustiques variables, qui peuvent renseigner leurs destinataires sur la situation.
Des chercheurs se sont demandé si les chiens étaient capables d'exploiter ces différences, au-delà du simple fait de reconnaître un son menaçant.
Expérience 3 — Les chiens distinguent-ils différents types de grognements ?
Faragó et al., 2010
Les chercheurs ont enregistré des grognements produits dans trois situations : le jeu, la protection d'un os et une confrontation avec une personne menaçante.
Ils ont ensuite diffusé certains de ces enregistrements à d'autres chiens placés devant une ressource alimentaire.

Les résultats montrent que les grognements enregistrés pendant la protection d'un aliment dissuadaient davantage les chiens de s'approcher de l'os que ceux produits lors de la confrontation avec une personne menaçante.
Cette différence suggère que les chiens n'utilisent pas seulement l'intensité apparemment menaçante d'une vocalisation. Ils peuvent aussi exploiter des informations acoustiques associées au contexte dans lequel elle a été produite.
L'intérêt de cette expérience est d'avoir évalué les réactions des destinataires, et non simplement décrit les sons émis par les chiens. Elle apporte ainsi des arguments en faveur d'un contenu informatif plus spécifique que la seule expression d'une tension.
Et les humains, comprennent-ils les grognements ?
En 2017, Faragó et ses collègues ont également étudié la manière dont des auditeurs humains interprétaient des grognements de chiens.
Les participants devaient identifier les contextes dans lesquels les sons avaient été enregistrés. Leurs réponses dépassaient globalement le niveau attendu par hasard.
Ces résultats montrent qu'une partie des informations acoustiques peut être accessible même à une autre espèce.
Mais cela ne signifie pas qu'un humain peut identifier avec certitude la signification d'un grognement isolé. Les sons doivent toujours être replacés dans leur contexte.
Un grognement ne constitue donc pas automatiquement l'annonce d'une morsure, mais il ne devrait pas être ignoré.
Punir systématiquement un chien lorsqu'il grogne risque également de faire disparaître une manifestation observable sans résoudre la difficulté qui l'a provoquée.
Lorsqu'un chien grogne pendant une rencontre, mieux vaut examiner ce qui se passe et, si nécessaire, permettre aux animaux de retrouver de l'espace.
6. Pourquoi certaines rencontres deviennent-elles difficiles ?
Si les chiens disposent de capacités de communication élaborées, pourquoi certaines rencontres se terminent-elles par un conflit ?
Il serait tentant d'invoquer un défaut de « codes canins ». Mais les difficultés peuvent résulter de plusieurs facteurs, même lorsque les comportements de chacun sont parfaitement compréhensibles dans leur contexte.
Les préférences sociales constituent une première source de variation. Certains chiens apprécient les jeux physiques intenses, tandis que d'autres recherchent surtout des rencontres brèves ou des activités parallèles. Un individu peu intéressé par les interactions rapprochées n'est pas nécessairement un chien qui communique mal.
Les expériences jouent également un rôle. Les rencontres précoces et les interactions ultérieures peuvent influencer les réactions sociales, mais multiplier les contacts ne garantit pas le développement de meilleures compétences. Des expériences imposées, trop intenses ou répétitivement désagréables peuvent au contraire rendre certaines situations plus difficiles.
L'environnement influence aussi le déroulement des échanges. Dans un espace ouvert, un chien peut parfois résoudre une difficulté en prenant simplement de la distance. Cette possibilité devient plus limitée dans un couloir, contre une clôture ou lorsqu'une laisse courte l'empêche de s'éloigner.
À ces facteurs s'ajoute l'état physique de l'animal. Une douleur, une fatigue importante ou une difficulté sensorielle peut modifier sa tolérance aux sollicitations. Lorsqu'un chien change brusquement de comportement envers ses congénères, une cause médicale doit donc aussi être envisagée.
Enfin, la morphologie peut influencer les informations disponibles au cours d'une rencontre.
La longueur du museau, la visibilité des yeux, la forme des oreilles ou la position naturelle de la queue varient considérablement entre chiens. Certaines caractéristiques peuvent modifier l'expression corporelle ou sa perception par les partenaires.
Chez les chiens brachycéphales, notamment, les particularités faciales et respiratoires soulèvent des questions intéressantes. Mais les recherches disponibles ne permettent pas d'affirmer qu'ils sont systématiquement moins bien compris par les autres chiens ou davantage impliqués dans des conflits en raison de leur morphologie.
L'ensemble de ces facteurs rappelle qu'une difficulté sociale ne peut pas toujours être attribuée à une erreur de communication.
Deux chiens peuvent exprimer des préférences différentes, comprendre certains signaux et néanmoins se retrouver dans une situation qu'ils ne parviennent pas à gérer confortablement.
7. Comment aider son chien à mieux vivre les rencontres?
Les résultats des recherches ne permettent pas de traduire chaque mouvement en une phrase précise. Ils fournissent néanmoins des repères utiles pour observer et accompagner les interactions.
Le premier consiste à regarder les deux partenaires. Une rencontre ne s'évalue pas seulement à partir du comportement du chien qui s'approche. Les réactions de celui qui reçoit l'approche sont tout aussi importantes.

Un deuxième principe est de préserver les possibilités de retrait. Lorsqu'un chien ralentit, s'éloigne ou cherche à éviter le contact, il est préférable de ne pas le contraindre systématiquement à poursuivre la rencontre.
Cela conduit à remettre en question une habitude fréquente : vouloir que chaque chien dise bonjour à tous ceux qu'il croise. Tous les chiens n'ont pas besoin d'entrer en contact direct avec leurs congénères pour mener une vie sociale satisfaisante.
La qualité des expériences compte davantage que leur accumulation. Une rencontre brève et calme peut être plus intéressante qu'une interaction prolongée pendant laquelle l'un des partenaires devient progressivement mal à l'aise.
Il est également préférable d'intervenir avant que la situation ne se dégrade. Augmenter tranquillement la distance ou permettre aux chiens de reprendre leur chemin peut suffire à interrompre une interaction qui devient difficile, sans attendre un grognement ou une réaction plus intense.
Enfin, les différences individuelles doivent être respectées. L'objectif n'est pas de transformer chaque chien en animal particulièrement sociable, mais de lui permettre de vivre les situations sociales ordinaires dans des conditions compatibles avec son bien-être.
Lorsque les réactions sont répétées, intenses ou dangereuses, une évaluation individualisée par un professionnel compétent en comportement canin, avec l'appui vétérinaire nécessaire, permet de rechercher les facteurs en cause et les adaptations possibles.
Ce que la recherche doit encore comprendre
Les travaux disponibles ont permis de mieux décrire les interactions entre chiens, mais plusieurs questions restent ouvertes. Quels comportements possèdent véritablement une fonction communicative ? Dans quelles conditions contribuent-ils à la régulation d'un conflit ? Comment les expériences individuelles et la morphologie influencent-elles leur production et leur interprétation ?
Les observations permettent d'identifier des associations entre les comportements et le déroulement des rencontres. Pour déterminer si un signal modifie réellement la réaction de son destinataire, il faut aussi concevoir des expériences capables de tester cette relation.
C'est notamment ce qui rend les études utilisant des grognements enregistrés si intéressantes : elles permettent de comparer les réactions à différents sons, dans des conditions contrôlées. Mais aucun dispositif expérimental ne suffit, à lui seul, à expliquer toute la complexité des échanges en situation naturelle.
Conclusion — Observer les échanges plutôt que traduire les gestes
Les chiens disposent de moyens de communication riches et variés. Ils utilisent des informations visuelles, acoustiques, olfactives et tactiles, et ajustent leurs comportements aux réactions de leurs partenaires.
Certaines fonctions communicatives sont soutenues par des recherches expérimentales ou observationnelles. Les études sur les grognements montrent notamment que les destinataires peuvent utiliser des informations liées au contexte dans lequel ces sons ont été produits. Les recherches sur le jeu révèlent quant à elles l'importance des séquences comportementales et de l'attention portée au partenaire.
Pour d'autres manifestations, notamment plusieurs comportements traditionnellement appelés « signaux d'apaisement », les connaissances restent plus partielles.
Cela ne signifie pas qu'il faudrait cesser de les observer. Au contraire, ces recherches nous encouragent à dépasser les interprétations automatiques pour examiner les interactions dans leur ensemble.
Comprendre une rencontre entre chiens, ce n'est pas traduire chaque geste en une phrase humaine. C'est observer comment les deux partenaires réagissent l'un à l'autre et comment leur interaction évolue au fil des secondes.
Pour aider son chien, cette manière d'observer est souvent bien plus utile que l'apprentissage d'un dictionnaire de « codes canins ».
Pour aller plus loin
Vous souhaitez mieux comprendre les interactions entre chiens et apprendre à reconnaître les situations qui deviennent difficiles ?
Retrouvez nos articles de vulgarisation scientifique et nos ressources pratiques consacrées au comportement et au bien-être canins.
Bibliographie
Communication visuelle et interactions sociales
Mariti C., Falaschi C., Zilocchi M., Fatjó J., Sighieri C., Ogi A., Gazzano A. (2017). Analysis of the intraspecific visual communication in the domestic dog (Canis familiaris): A pilot study on the case of calming signals. Journal of Veterinary Behavior, 18, 49–55. DOI : 10.1016/j.jveb.2016.12.009.
Mariti C. et al. (2017). Corrigendum to “Analysis of the intraspecific visual communication in the domestic dog (Canis familiaris): A pilot study on the case of calming signals”. Journal of Veterinary Behavior, 21, 77. DOI : 10.1016/j.jveb.2017.10.001.
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Jeu et communication entre chiens
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Byosiere S.-E., Espinosa J., Smuts B. (2016). Investigating the function of play bows in adult pet dogs (Canis lupus familiaris). Behavioural Processes, 125, 106–113. DOI : 10.1016/j.beproc.2016.02.007.
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Communication acoustique : les grognements
Faragó T., Pongrácz P., Range F., Virányi Z., Miklósi Á. (2010). “The bone is mine”: affective and referential aspects of dog growls. Animal Behaviour, 79(4), 917–925. DOI : 10.1016/j.anbehav.2010.01.005.
Faragó T., Takács N., Miklósi Á., Pongrácz P. (2017). Dog growls express various contextual and affective content for human listeners. Royal Society Open Science, 4(5), 170134. DOI : 10.1098/rsos.170134.
Ouvrage complémentaire
Rugaas T. (2006). On Talking Terms with Dogs: Calming Signals. Dogwise Publishing.




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