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L'anxiété de séparation chez le chien : ce que nous apprend la science

Photo du rédacteur: Anne-Laure Bougé
Anne-Laure Bougé
4 juin 2025
15 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Reconnaître les signes, comprendre les causes possibles et connaître les traitements.


chien qui attend en regardant par la fenêtre
Photo de Per Lööv sur Unsplash

Votre chien aboie dès que vous quittez la maison ? Il détruit des objets pendant vos absences, vous suit partout ou semble incapable de rester seul ? Ces comportements sont souvent attribués à une « anxiété de séparation ». Pourtant, toutes les difficultés rencontrées par un chien lorsqu'il est seul ne relèvent pas nécessairement du même trouble. Les recherches montrent que plusieurs mécanismes émotionnels et comportementaux peuvent produire des manifestations similaires. Les distinguer est essentiel pour proposer une réponse adaptée.

Que savons-nous aujourd'hui des difficultés liées à la séparation ? Quels facteurs favorisent leur apparition ? Et quelles interventions ont réellement démontré leur efficacité ?


illustration d'un chien sur un canapé qui a fait des dégâts

1. Anxiété de séparation ou problèmes liés à la séparation ?

Dans le langage courant, l'expression « anxiété de séparation » est utilisée pour désigner presque tous les comportements problématiques apparaissant pendant l'absence du propriétaire. La littérature scientifique emploie également un terme plus large : separation-related problems (SRP), ou problèmes liés à la séparation. Cette distinction est importante.

Un chien qui aboie, détruit ou s'agite lorsqu'il reste seul peut éprouver de la peur, une détresse liée à l'absence d'une personne familière, de la frustration, ou réagir à des événements survenant dans son environnement. Ces mécanismes peuvent se combiner et évoluer pendant une même absence. L'anxiété de séparation, au sens plus spécifique, renvoie à une détresse liée à la séparation d'une figure d'attachement. Mais les comportements observés ne permettent pas toujours d'identifier directement cette motivation.


Une même manifestation, plusieurs explications

Prenons deux chiens qui grattent la porte d'entrée. Le premier manifeste une agitation importante dès que son propriétaire s'éloigne, halète et multiplie les tentatives pour le rejoindre. Le second s'agite surtout lorsqu'il entend des personnes dans le couloir et aboie en direction de la porte.Les comportements visibles sont proches. Pourtant, leurs causes peuvent différer, tout comme les interventions nécessaires.

Un comportement observé pendant une absence est donc un indice, pas une preuve de son origine émotionnelle.

Expérience 1 — Un même problème, plusieurs profils

Assis et al., 2020

En 2020, de Assis et ses collègues ont cherché à comprendre si les comportements regroupés sous l'appellation générale de « problèmes liés à la séparation » pouvaient correspondre à différentes dimensions comportementales. À partir de questionnaires et d'analyses statistiques portant sur 762 chiens présentant ces difficultés, ils ont identifié quatre grands profils et plusieurs sous-groupes. Leurs analyses suggèrent que les manifestations observées peuvent être associées à différentes dimensions, notamment la frustration, la peur ou certaines formes de réactivité.

Cependant, ces profils sont issus d'une classification statistique. Ils ne constituent pas des catégories diagnostiques définitivement validées et ne permettent pas, à eux seuls, d'identifier la cause des comportements chez un chien particulier.

Ainsi, plutôt que de chercher un traitement unique de « l'anxiété de séparation », cette étude invite à examiner les circonstances et les caractéristiques individuelles du problème avant de choisir une intervention.

2. Comment reconnaître les signes ?

Les manifestations les plus fréquemment rapportées comprennent :

  • Les vocalisations : aboiements, hurlements ou gémissements.

  • Les destructions : objets, mobilier, portes ou encadrements.

  • Les éliminations à l'intérieur du logement.

  • L'agitation, les déplacements répétés ou les tentatives de fuite.

  • Le halètement, l'hypersalivation et certains signes de tension corporelle.

Mais d'autres manifestations peuvent être beaucoup plus discrètes.

Un chien peut rester debout près d'une porte, surveiller constamment l'environnement, interrompre son repos ou demeurer immobile pendant une longue période. À l'inverse, l'immobilité ne constitue pas à elle seule une preuve d'anxiété : elle doit être interprétée avec les autres observations.


Pourquoi la vidéo est-elle si utile ?

Les propriétaires connaissent généralement les dégâts matériels ou les plaintes du voisinage, mais pas nécessairement le comportement de leur chien pendant les absences.

Un enregistrement vidéo permet notamment d'observer :

  • Le délai entre le départ et les premières manifestations.

  • La nature et la fréquence des comportements.

  • Leur évolution au cours de l'absence.

  • Les éventuels événements déclencheurs.

  • Les périodes de repos ou de récupération.

Une vidéo ne remplace pas une évaluation clinique, mais elle apporte des informations précieuses pour comprendre la situation.

Conseil pratique : commencez par filmer une absence très courte, adaptée aux capacités connues de votre chien. Il n'est pas nécessaire de provoquer une détresse prolongée pour obtenir des informations utiles.


3. Combien de chiens sont concernés ?

Il n'existe pas de chiffre unique et universellement applicable.

Les estimations varient fortement selon les populations étudiées, la définition retenue et la manière dont les informations sont recueillies. Dans une enquête finlandaise portant sur 13 715 chiens, Salonen et ses collègues (2020) ont rapporté environ 5 % de comportements liés à la séparation selon leurs critères. À l'inverse, dans l'étude longitudinale britannique Generation Pup, 46,9 % des 145 chiots étudiés présentaient, à six mois, au moins un comportement correspondant à la définition utilisée par les chercheurs.

Ces résultats semblent très éloignés, mais ils ne sont pas directement comparables. La première étude portait sur une importante population de chiens de différents âges. La seconde concernait un petit échantillon de chiots, avec une définition englobant des manifestations parfois ponctuelles. Les 46,9 % ne signifient donc pas que près d'un chiot sur deux souffre d'une anxiété de séparation diagnostiquée. Ces écarts illustrent surtout les difficultés méthodologiques de l'étude des problèmes comportementaux.


4. Pourquoi certains chiens développent-ils ces difficultés?

Il serait rassurant de pouvoir identifier une cause unique : une mauvaise habitude, un manque d'exercice ou une relation trop fusionnelle avec le propriétaire.

La réalité est plus complexe.


Les expériences précoces

Les conditions de développement, les apprentissages et les expériences vécues peuvent influencer la manière dont un chien réagit à la solitude. Ces influences sont cependant difficiles à isoler. Le tempérament du chiot, son environnement et les réponses de ses propriétaires interagissent au cours du développement. Une pratique éducative peut ainsi contribuer à façonner le comportement du chiot, mais elle peut aussi être adoptée en réaction à des difficultés déjà présentes. Pour comprendre l'apparition des problèmes liés à la séparation, il faut donc examiner les interactions entre l'individu et son environnement, plutôt que rechercher une cause unique.

Expérience 2 — Generation Pup : observer les premières expériences

Dale et al. 2024

Dans le cadre du projet britannique Generation Pup, les chercheurs ont étudié 145 chiots afin de rechercher des facteurs associés aux comportements liés à la séparation à l'âge de six mois. Parmi eux, 68 présentaient au moins un des comportements retenus pour définir ces difficultés.

Les résultats ont fait apparaître plusieurs associations. Les chiots qui, avant l'âge de 16 semaines, dormaient au moins neuf heures par nuit ou avaient l'habitude de dormir dans un espace délimité présentaient une probabilité plus faible de manifester ces comportements à six mois. À l'inverse, les difficultés étaient plus fréquentes chez les chiots dont l'apprentissage de la propreté était encore incomplet et chez ceux dont les propriétaires déclaraient utiliser davantage de techniques éducatives aversives. Les chercheurs ont également observé une association avec certaines réactions des propriétaires au retour à la maison, notamment lorsqu'ils multipliaient les interactions affectueuses en réponse à un comportement jugé indésirable. Un résultat plus surprenant concernait les récompenses alimentaires : les chiots dont les propriétaires utilisaient des friandises ou des croquettes inhabituelles pendant l'éducation présentaient également davantage de difficultés. Les auteurs soulignent cependant que cette association pourrait être fortuite et qu'elle ne remet pas en cause les bénéfices documentés des méthodes éducatives fondées sur le renforcement positif. Ces résultats sont issus d'une étude observationnelle, avec un effectif limité. Ils ne prouvent pas que les pratiques identifiées provoquent ou préviennent directement les difficultés de séparation.

Cette étude suggère que les conditions de sommeil, les apprentissages et les interactions avec les propriétaires méritent d'être étudiés ensemble. Elle ne permet pas encore de déterminer quelles interventions préventives sont réellement efficaces.

Le tempérament et la sensibilité émotionnelle

Les chiens diffèrent par leur réactivité, leurs expériences antérieures et leur manière de répondre aux événements. Une étude publiée en 2026 par Batista et ses collègues, portant sur 730 chiens, a notamment identifié les caractéristiques de peur et d'anxiété du chien parmi les variables les plus fortement associées aux problèmes de séparation. Mais le modèle statistique final n'expliquait que 15 % de la variance des difficultés étudiées. Autrement dit, une grande partie des différences individuelles restait inexpliquée par les variables mesurées.


La race et la génétique

Certaines recherches ont identifié des différences entre races concernant les comportements liés à la séparation. Cela ne signifie pas pour autant que l'on puisse établir un classement fiable des races capables ou incapables de rester seules. Les caractéristiques génétiques, l'environnement, les conditions de développement, la sélection des individus et les pratiques des propriétaires peuvent intervenir conjointement. Il serait donc trompeur d'affirmer qu'un Labrador ou un Border Collie est nécessairement prédisposé à l'anxiété de séparation, tandis qu'un Chow-Chow serait naturellement protégé. La race ne permet pas, à elle seule, de prévoir comment un chien vivra la solitude.


5. Le chien « trop attaché » : une explication insuffisante

On entend souvent qu'un chien anxieux lorsqu'il reste seul serait « hyper-attaché » à son propriétaire. Ce terme est pourtant ambigu. Un chien qui suit son propriétaire d'une pièce à l'autre, recherche les contacts ou dort près de lui ne présente pas nécessairement un trouble comportemental. La proximité sociale est une composante normale des relations entre chiens et humains. Inversement, un chien relativement indépendant lorsque son propriétaire est présent peut éprouver des difficultés importantes pendant ses absences.

Les études disponibles ne permettent pas d'affirmer qu'une relation affective étroite provoque, à elle seule, les problèmes liés à la séparation. L'étude de Batista et al. (2026) rapporte certaines associations avec la proximité émotionnelle et le partage du lieu de sommeil. Mais sa nature transversale ne permet pas d'en déduire le sens causal. Un chien peut rechercher davantage de proximité parce qu'il est anxieux, sans que cette proximité soit la cause de son anxiété.

Il n'existe donc pas de justification scientifique solide pour recommander systématiquement d'ignorer un chien affectueux ou de réduire les contacts avec lui dans l'espoir de prévenir un trouble de séparation.


6. Quelles interventions ont démontré leur intérêt ?

La prise en charge dépend du mécanisme en cause, de la gravité des manifestations et des possibilités concrètes du foyer. Plusieurs approches disposent de résultats encourageants ou de preuves d'efficacité, mais toutes ne bénéficient pas du même niveau de validation.


Les programmes de modification comportementale

L'un des principes couramment utilisés consiste à proposer des absences suffisamment courtes pour rester compatibles avec les capacités du chien, puis à augmenter progressivement leur durée lorsque les observations le permettent. Cette progression n'est pas nécessairement linéaire. Il peut être nécessaire de répéter une étape, de réduire la durée ou de modifier les conditions d'entraînement.

Dans un essai contrôlé publié en 2006, Blackwell et ses collègues ont évalué un programme de modification comportementale auprès de chiens présentant des problèmes liés à la séparation. Après douze semaines, 56 % des propriétaires du groupe traité rapportaient une amélioration importante et 25 % une amélioration légère. Les observations vidéo soutenaient globalement ces déclarations, tandis que la majorité des chiens non traités ne présentaient pas d'amélioration comparable. Cette étude constitue un argument en faveur des interventions comportementales structurées. Elle ne permet cependant pas d'attribuer les progrès à une seule composante du programme.


Le contre-conditionnement et l'enrichissement

Associer certaines situations à des événements agréables peut contribuer à modifier la réponse émotionnelle du chien. Des activités alimentaires ou exploratoires peuvent également améliorer son quotidien. Mais distribuer une friandise au moment du départ ne suffit pas à démontrer un contre-conditionnement réussi. Un chien déjà très inquiet peut refuser de manger, et la présence d'un jouet alimentaire ne garantit pas qu'il supporte l'absence. Il est donc important de vérifier les effets réels de ces interventions plutôt que de supposer qu'elles sont bénéfiques dans toutes les situations. L'enrichissement environnemental constitue un outil de gestion potentiellement utile, mais ne doit pas être présenté comme un traitement autonome validé de l'anxiété de séparation.


Les traitements médicamenteux

Lorsque la détresse est importante, un vétérinaire peut envisager un traitement pharmacologique en complément d'une prise en charge comportementale adaptée.

Deux molécules disposent notamment d'essais cliniques contrôlés chez le chien : la clomipramine et la fluoxétine. Leurs résultats apportent des arguments en faveur de leur utilisation dans certaines situations, mais ils ne sont pas uniformément favorables sur tous les comportements évalués.

La clomipramine : des résultats qui diffèrent selon les essais

En 1999, Podberscek et ses collègues ont étudié 49 chiens présentant des problèmes liés à la séparation. Tous bénéficiaient d'une thérapie comportementale, associée soit à un placebo, soit à l'une des deux doses de clomipramine évaluées.

La thérapie comportementale s'accompagnait d'améliorations, mais l'ajout du médicament n'apportait pas de bénéfice statistiquement significatif supplémentaire sur les manifestations typiques de séparation. Certains effets sur l'activité et les comportements de proximité ont néanmoins été observés.

L'année suivante, King et ses collègues (2000) ont publié un autre essai contrôlé, portant sur 95 chiens. Cette fois, la clomipramine à dose standard, associée à une prise en charge comportementale, permettait une amélioration plus rapide de plusieurs manifestations, notamment les destructions et les éliminations inappropriées. En revanche, aucun bénéfice significatif supplémentaire n'était détecté pour les vocalisations.

Ces résultats différents ne signifient pas nécessairement que les études se contredisent. Les populations, les doses, les protocoles et les critères d'évaluation peuvent influencer les effets observés. Ils montrent surtout que l'efficacité d'un traitement ne peut pas être résumée par un résultat unique applicable à tous les chiens.

La fluoxétine : deux essais dans des conditions différentes

Deux essais contrôlés ont également étudié la fluoxétine.

Simpson et ses collègues (2007) ont évalué le médicament en association avec un programme de modification comportementale, les chiens du groupe témoin bénéficiant également de cette prise en charge.

Landsberg et ses collègues (2008) ont étudié la fluoxétine dans un protocole ne comprenant pas de programme comportemental formalisé.

Les deux publications rapportent des résultats favorables au médicament pour certains critères. Toutefois, dans l'étude de Landsberg, les différences entre le groupe traité et le groupe placebo n'étaient pas statistiquement significatives à toutes les semaines d'évaluation ni pour tous les comportements.

Les données réglementaires américaines apportent une nuance supplémentaire : l'essai de fluoxétine sans programme comportemental n'a pas permis de confirmer l'efficacité du médicament selon les critères retenus par l'autorité chargée de son autorisation.

Il faut donc distinguer les résultats statistiques publiés et la conclusion réglementaire, qui ne reposent pas nécessairement sur les mêmes critères de validation.

Les résultats à plus long terme

Une amélioration pendant le traitement ne garantit pas que les difficultés auront disparu durablement.

En 2004, King et ses collègues ont publié un suivi des chiens ayant participé à leur essai initial sur la clomipramine. Ils ont notamment étudié l'évolution des comportements après la période de traitement et les éventuelles récidives.

Cette publication complète l'essai de 2000, mais ne constitue pas une nouvelle expérience indépendante : elle concerne une partie des mêmes animaux.

Elle rappelle l'importance d'évaluer les progrès dans la durée, y compris après la modification ou l'arrêt d'un traitement.

Des bénéfices à mettre en balance avec les effets indésirables

Plusieurs essais majeurs ont été financés par les entreprises commercialisant les médicaments étudiés ou ont impliqué des chercheurs affiliés à ces entreprises. Ces liens ne rendent pas les résultats invalides, mais doivent être pris en compte dans leur interprétation et renforcent l'intérêt de disposer d'études indépendantes.

Les médicaments ne sont pas dépourvus d'effets indésirables.

Les données réglementaires américaines sur la clomipramine rapportent notamment des vomissements et une léthargie plus fréquents chez les chiens traités que chez ceux recevant un placebo.

Pour la fluoxétine, des diminutions de l'appétit, des troubles digestifs, une léthargie et des tremblements ont notamment été documentés. Des événements plus graves, dont des convulsions, ont également été signalés dans les essais, sans qu'un lien causal puisse être établi dans tous les cas.

Ces données de sécurité proviennent notamment des dossiers réglementaires de la FDA, qui rassemblent des informations issues de plusieurs études. Elles ne doivent pas être attribuées à un essai clinique particulier lorsque les populations ne sont pas identiques.

La prescription et le suivi de ces traitements relèvent exclusivement du vétérinaire. La décision doit tenir compte de la gravité des difficultés, de l'état de santé du chien, des contre-indications, des interactions médicamenteuses possibles et des effets indésirables.

Un médicament ne remplace pas l'apprentissage. Il peut cependant, dans certaines situations, contribuer à rendre les interventions comportementales plus accessibles à l'animal.

Expérience 3 — Et si le retour du propriétaire était le renforçateur ?

Feuerbacher & Muir, 2020

Feuerbacher et Muir (2020) ont étudié cinq chiens présentant des problèmes liés à la séparation. Leur hypothèse était originale : le retour du propriétaire pourrait renforcer un comportement souhaité, ou une période sans comportement problématique. Les chercheurs ont donc construit de très courtes absences, en conditionnant le retour à des critères comportementaux définis et progressivement ajustés. Tous les chiens ont amélioré leur durée de solitude par rapport à leur niveau initial. Mais après quatre séances, un seul dépassait cinq minutes. L'expérience illustre à la fois la possibilité d'utiliser les principes du renforcement opérant et les limites des progrès observés à court terme. Elle ne démontre pas qu'il faille attendre le calme d'un chien en détresse avant de revenir : le protocole reposait sur des critères individualisés et une observation directe.

7. Que faire si votre chien supporte mal vos absences ?

La première étape consiste à observer plutôt qu'à interpréter immédiatement.

Identifier ce qui se passe réellement. Une vidéo courte, associée aux circonstances des manifestations, permet de mieux caractériser les difficultés.

Faire rechercher d'éventuelles causes médicales. Une douleur, un problème urinaire, des troubles sensoriels ou d'autres affections peuvent modifier le comportement. Une consultation vétérinaire est particulièrement importante si les difficultés apparaissent brutalement ou s'aggravent.

Éviter les punitions. Punir un chien au retour pour des comportements produits pendant une absence ne résout pas le mécanisme responsable. Les méthodes aversives peuvent également ajouter une source de stress.

Adapter les absences aux capacités du chien. Lorsque c'est possible, organiser une présence temporaire ou une solution de garde peut limiter la répétition d'épisodes de détresse pendant le travail comportemental.

Construire une progression individualisée. Les exercices peuvent commencer par des séparations extrêmement brèves. Leur durée et leur difficulté doivent être ajustées à partir des réactions observées, et non d'un calendrier imposé à l'avance.

Consulter sans attendre en cas de manifestations sévères. Tentatives de fuite dangereuses, blessures, panique intense, automutilation ou dégradation importante de la qualité de vie justifient une prise en charge vétérinaire rapide.


8. Peut-on prévenir les difficultés de séparation ?

Apprendre progressivement au chiot à rester seul, favoriser un environnement prévisible et éviter les méthodes punitives sont des recommandations cohérentes avec les connaissances sur l'apprentissage et le bien-être animal. Cependant, il faut distinguer leur intérêt théorique de leur efficacité préventive spécifiquement démontrée.

Les études longitudinales comme Generation Pup permettent d'identifier des facteurs associés au développement de certains comportements. Elles ne prouvent pas qu'agir sur ces facteurs empêchera l'apparition du trouble. La prévention reste donc un domaine où des essais interventionnels supplémentaires sont nécessaires. L'objectif raisonnable est d'aider progressivement le jeune chien à acquérir des expériences de solitude compatibles avec ses capacités, tout en observant ses réactions.


9. Ce que la science ne sait pas encore

Malgré plusieurs décennies de recherches, des questions importantes restent ouvertes. Nous ne savons pas encore identifier avec certitude les mécanismes émotionnels responsables des difficultés de séparation chez chaque individu. Nous manquons également d'études comparant directement les différents programmes d'apprentissage, leurs rythmes de progression et leurs effets à long terme. Enfin, il reste difficile de déterminer précisément quelles pratiques préviennent l'apparition du trouble et quels chiens bénéficient le plus de chaque intervention. Ces limites n'empêchent pas d'agir. Elles invitent simplement à adapter les méthodes aux individus, à observer leurs résultats et à éviter les solutions présentées comme universelles.


Conclusion

Les difficultés de séparation ne sont ni un caprice, ni nécessairement le résultat d'une relation trop fusionnelle entre un chien et son propriétaire. Elles peuvent avoir plusieurs origines et se manifester de façons très différentes.

Les recherches soutiennent l'intérêt d'une évaluation individualisée et de programmes comportementaux structurés. Dans certaines situations, un traitement médicamenteux peut également apporter un bénéfice, mais les essais montrent des résultats variables selon les molécules, les manifestations évaluées et les conditions de prise en charge.

L'enjeu n'est donc pas de rechercher une solution universelle, mais de comprendre ce qui rend la solitude difficile pour chaque chien, puis de construire une réponse adaptée, dont les effets seront évalués aussi bien sur son comportement que sur son bien-être.


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Bibliographie


Bibliographie

Définition, mécanismes et épidémiologie

  1. de Assis L. S., Matos R., Pike T. W., Burman O. H. P., Mills D. S. (2020). Developing Diagnostic Frameworks in Veterinary Behavioral Medicine: Disambiguating Separation Related Problems in Dogs. Frontiers in Veterinary Science, 6, 499. DOI : 10.3389/fvets.2019.00499.

  2. Salonen M., Sulkama S., Mikkola S., et al. (2020). Prevalence, comorbidity, and breed differences in canine anxiety in 13,700 Finnish pet dogs. Scientific Reports, 10, 2962. DOI : 10.1038/s41598-020-59837-z.

  3. Batista M. T., Lavrador C., da Graça-Pereira G. (2026). Separation-related problems in dogs: Influence of caregiver characteristics and fear/anxiety. Journal of Veterinary Behavior, 84, 19–25. DOI : 10.1016/j.jveb.2025.12.013.

Développement, apprentissages et interventions comportementales

  1. Dale F. C., Burn C. C., Murray J., Casey R. (2024). Canine separation-related behaviour at six months of age: Dog, owner and early-life risk factors identified using the ‘Generation Pup’ longitudinal study. Animal Welfare, 33, e60. DOI : 10.1017/awf.2024.56.

  2. Blackwell E. J., Casey R. A., Bradshaw J. W. S. (2006). Controlled trial of behavioural therapy for separation-related disorders in dogs. Veterinary Record, 158(16), 551–554. DOI : 10.1136/vr.158.16.551.

  3. Feuerbacher E. N., Muir K. L. (2020). Using Owner Return as a Reinforcer to Operantly Treat Separation-Related Problem Behavior in Dogs. Animals, 10(7), 1110. DOI : 10.3390/ani10071110.

Essais cliniques et traitements médicamenteux

Clomipramine

  1. Podberscek A. L., Hsu Y., Serpell J. A. (1999). Evaluation of clomipramine as an adjunct to behavioural therapy in the treatment of separation-related problems in dogs. Veterinary Record, 145(13), 365–369. DOI : 10.1136/vr.145.13.365.

  2. King J. N., Simpson B. S., Overall K. L., et al. (2000). Treatment of separation anxiety in dogs with clomipramine: Results from a prospective, randomized, double-blind, placebo-controlled, parallel-group, multicenter clinical trial. Applied Animal Behaviour Science, 67(4), 255–275. DOI : 10.1016/S0168-1591(99)00127-6.

  3. King J. N., Overall K. L., Appleby D., et al. (2004). Results of a follow-up investigation to a clinical trial testing the efficacy of clomipramine in the treatment of separation anxiety in dogs. Applied Animal Behaviour Science, 89(3–4), 233–242. DOI : 10.1016/j.applanim.2004.06.003.

Fluoxétine

  1. Simpson B. S., Landsberg G. M., Reisner I. R., et al. (2007). Effects of Reconcile (fluoxetine) chewable tablets plus behavior management for canine separation anxiety. Veterinary Therapeutics, 8(1), 18–31. Notice PubMed.

  2. Landsberg G. M., Melese P., Sherman B. L., et al. (2008). Effectiveness of fluoxetine chewable tablets in the treatment of canine separation anxiety. Journal of Veterinary Behavior, 3(1), 12–19. DOI : 10.1016/j.jveb.2007.09.001.

Données réglementaires et sécurité des traitements

  1. Food and Drug Administration (FDA). (2007). Freedom of Information Summary — Reconcile (fluoxetine hydrochloride), NADA 141-272. Center for Veterinary Medicine. Consulter le dossier réglementaire.

  2. Food and Drug Administration (FDA). Freedom of Information Summary — Clomicalm (clomipramine hydrochloride), NADA 141-120. Center for Veterinary Medicine. Consulter le dossier réglementaire.



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