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De quoi les chiens ont-ils réellement besoin pour bien se nourrir ?

Photo du rédacteur: Anne-Laure Bougé
Anne-Laure Bougé
il y a 4 jours
25 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Le chien partage une histoire évolutive avec le loup, mais doit-il manger comme lui ? Quelle quantité de protéines lui faut-il ? Les céréales sont-elles utiles ? Pour répondre à ces questions, il faut d'abord comprendre comment fonctionne son appareil digestif, quels nutriments sont indispensables à son organisme et pourquoi ses besoins évoluent au cours de la vie.


Chien qui se lèche les babines devant sa gamelle

Crédits photo : Karsten Winegeart

Comprendre les besoins avant de choisir les aliments

Croquettes, pâtées, ration ménagère, alimentation crue : les différentes façons de nourrir un chien suscitent des débats parfois passionnés. Certains propriétaires privilégient une forte proportion de viande, d'autres recherchent des aliments sans céréales, tandis que d'autres encore accordent une importance particulière à la cuisson ou au degré de transformation des ingrédients. Ces préférences reposent sur des arguments nutritionnels, mais aussi sur des représentations de ce que devrait être une alimentation « naturelle ».

Pourtant, la question essentielle se situe ailleurs. Pour fonctionner correctement, l'organisme du chien doit recevoir suffisamment d'énergie, d'eau, d'acides aminés, d'acides gras essentiels, de vitamines et de minéraux. Ces nutriments doivent être présents dans des proportions adaptées, mais également sous une forme que l'organisme peut digérer, absorber et utiliser. Une alimentation ne peut donc pas être évaluée uniquement à partir de sa liste d'ingrédients, de son apparence ou de son degré de transformation.

Cette distinction est fondamentale : un chien n'a pas besoin d'une recette particulière, mais d'un ensemble de nutriments répondant à ses besoins physiologiques. Plusieurs combinaisons d'aliments peuvent satisfaire ces exigences. En revanche, une alimentation composée d'ingrédients apparemment sains peut être déséquilibrée, même lorsque le chien semble parfaitement bien la tolérer.

Comprendre ces besoins constitue la première étape pour choisir une alimentation adaptée. Cela suppose de s'intéresser à l'histoire évolutive du chien, à sa physiologie digestive et aux méthodes scientifiques utilisées pour déterminer ses besoins nutritionnels.


Avant d'examiner ces mécanismes, le tableau suivant présente les grandes familles de nutriments et leurs principales fonctions. Il permet de distinguer les besoins de l'organisme des ingrédients utilisés pour y répondre.


Tableau 1 — Les grandes familles de nutriments

Nutriment

Fonctions principales

Points de vigilance

Eau

Transport, thermorégulation, fonctions cellulaires

Hydratation, chaleur, pertes digestives

Protéines

Entretien des tissus, enzymes, immunité

Acides aminés essentiels, digestibilité

Lipides

Énergie, membranes, acides gras essentiels

Densité énergétique, profil lipidique

Glucides digestibles

Source d'énergie utilisable

Digestibilité, nature et préparation

Fibres

Transit, fermentation intestinale

Nature et quantité des fibres

Minéraux

Squelette, métabolisme, fonctions enzymatiques

Carences, excès et interactions

Vitamines

Régulation de nombreuses fonctions biologiques

Déficiences, toxicités possibles


1. Le chien est-il toujours un carnivore ?

Une origine carnivore, mais une alimentation qui a évolué

Le chien domestique appartient à l'ordre des Carnivores et à la famille des Canidés. Son histoire évolutive est étroitement liée à celle du loup gris, avec lequel il partage de nombreuses caractéristiques anatomiques et physiologiques. Sa dentition comprend des canines développées et des dents carnassières adaptées notamment à la préhension, au découpage et au déchirement des tissus animaux. Son appareil digestif est relativement simple, comparativement à celui des herbivores spécialisés dans la fermentation de grandes quantités de végétaux.

Cette classification zoologique ne détermine cependant pas à elle seule la composition de son alimentation. L'ordre des Carnivores comprend des espèces aux régimes alimentaires très différents, certaines étant particulièrement spécialisées dans la consommation de proies animales, tandis que d'autres exploitent des ressources beaucoup plus variées. Il faut donc distinguer l'appartenance à un groupe zoologique, la capacité à digérer certains aliments et les nutriments réellement indispensables à l'organisme.

Chez le chien, cette distinction prend une importance particulière en raison de sa longue association avec les populations humaines. Les ressources alimentaires accessibles aux chiens domestiques ont probablement beaucoup varié selon les régions, les époques et les modes de vie. Les restes alimentaires humains, les carcasses animales et, dans certaines sociétés, les ressources riches en amidon ont pu contribuer à leur alimentation.


Ce que la génétique nous apprend sur la domestication

En 2013, Axelsson et ses collègues ont publié dans Nature une étude comparant les génomes de chiens et de loups. Ils ont identifié plusieurs régions génomiques présentant des signatures de sélection associées à la domestication, dont certaines concernent la digestion de l'amidon et le métabolisme des nutriments.

L'un des résultats les plus intéressants concerne le gène AMY2B, qui code une amylase pancréatique participant à la dégradation de l'amidon. De nombreux chiens présentent davantage de copies de ce gène que les loups. Cette différence génétique est associée à une capacité accrue de production de l'enzyme, ce qui contribue à expliquer pourquoi le chien domestique peut efficacement utiliser des ressources riches en amidon.

L'évolution de cette caractéristique a néanmoins été plus complexe qu'une simple transformation commune à tous les chiens. Ollivier et ses collègues (2016) ont étudié le nombre de copies du gène AMY2B dans treize échantillons de chiens anciens. Ils ont observé une grande variabilité, allant de deux à vingt copies diploïdes selon les individus. Ces résultats suggèrent que l'adaptation génétique à une alimentation riche en amidon ne s'est pas imposée simultanément dans toutes les populations canines.

Ces découvertes sont importantes parce qu'elles montrent que le chien domestique ne peut pas être considéré comme un loup dont l'alimentation serait restée inchangée. Elles ne démontrent cependant ni que les céréales sont indispensables au chien, ni qu'une alimentation riche en amidon est nécessairement préférable. La capacité à utiliser un nutriment ne signifie pas qu'il soit obligatoire de le consommer sous cette forme.

Cette nuance permet de dépasser une opposition fréquente : le chien possède des caractéristiques héritées d'ancêtres essentiellement prédateurs, tout en ayant développé des adaptations à une alimentation plus diversifiée. Pour déterminer ce qu'il doit manger aujourd'hui, il faut examiner le fonctionnement de son organisme plutôt que chercher à reconstituer une alimentation ancestrale supposée.


2. Comment le chien digère-t-il sa nourriture ?

La digestion transforme les aliments en molécules suffisamment petites pour traverser la paroi intestinale et être utilisées par les cellules. Elle mobilise successivement des mécanismes mécaniques, chimiques, enzymatiques et microbiens, dont l'importance varie selon les nutriments concernés.

Dans la bouche, la mastication permet principalement de fragmenter les aliments et de les mélanger à la salive, ce qui facilite leur déglutition. Contrairement à l'humain, le chien ne possède pas d'activité amylasique salivaire significative : la digestion enzymatique de l'amidon repose essentiellement sur les étapes intestinales.

Une fois dans l'estomac, les aliments sont brassés et mélangés aux sécrétions gastriques. L'acidité favorise notamment la dénaturation des protéines et l'activité de la pepsine, une enzyme participant à leur digestion. Elle constitue également une barrière contre une partie des microorganismes ingérés, sans empêcher systématiquement la survie de bactéries pathogènes. Nous reviendrons sur ce dernier point dans l'article consacré à l'alimentation crue.

L'essentiel de la digestion enzymatique et de l'absorption des nutriments se déroule dans l'intestin grêle. Les enzymes pancréatiques participent à la dégradation des protéines, des lipides et de l'amidon. La bile facilite la digestion et l'absorption des matières grasses. Les produits de cette digestion traversent ensuite la paroi intestinale avant d'être transportés et utilisés par l'organisme.

Le gros intestin joue un rôle différent. Une partie des composants alimentaires qui n'ont pas été digérés dans l'intestin grêle peut être fermentée par les microorganismes du microbiote intestinal. Cette fermentation produit notamment des acides gras à chaîne courte, qui participent au fonctionnement du milieu intestinal. Toutes les fibres n'ont cependant pas les mêmes propriétés : certaines sont facilement fermentescibles, tandis que d'autres influencent davantage le volume des selles et le transit.

Ces mécanismes expliquent pourquoi la valeur nutritionnelle d'un aliment dépend non seulement de sa composition chimique, mais aussi de sa structure, de sa transformation et de sa digestibilité. Un ingrédient cru et le même ingrédient cuit peuvent présenter des caractéristiques digestives différentes. De même, deux sources de protéines ou d'amidon ne sont pas nécessairement utilisées avec la même efficacité.


3. L'énergie : le premier besoin à satisfaire

L'énergie alimentaire permet à l'organisme de maintenir ses fonctions vitales, sa température corporelle, son activité musculaire et le renouvellement de ses tissus. Elle est principalement fournie par les lipides, les protéines et les glucides digestibles.

Lorsque l'apport énergétique est insuffisant, le chien mobilise ses réserves corporelles pour compenser le déficit. Si cette situation se prolonge, elle peut entraîner une perte de poids et de masse musculaire. À l'inverse, un apport régulièrement supérieur aux dépenses favorise l'accumulation de tissu adipeux, avec des conséquences possibles sur la santé et la mobilité.


Pourquoi deux chiens de même poids peuvent-ils avoir des besoins différents ?

Le poids corporel constitue un point de départ utile pour estimer les besoins énergétiques, mais il ne suffit pas à les déterminer. L'activité physique, la composition corporelle, l'âge, le statut reproducteur, les conditions climatiques et les différences individuelles modifient la dépense énergétique. Deux chiens pesant chacun 25 kg peuvent donc nécessiter des quantités alimentaires sensiblement différentes.

Une méta-analyse publiée en 2014 par Bermingham et ses collaborateurs a examiné les besoins énergétiques de chiens adultes à partir de données issues de plusieurs études. Les chercheurs ont mis en évidence une variabilité importante, notamment selon les conditions de vie et le niveau d'activité. Les chiens de travail ou de course présentent généralement des dépenses plus élevées que les chiens de compagnie peu actifs, mais des différences substantielles existent aussi au sein d'une même catégorie.

C'est pourquoi les équations utilisées en nutrition vétérinaire doivent être considérées comme des outils d'estimation et non comme des prescriptions définitives. Elles permettent de calculer une ration de départ, qui doit ensuite être ajustée à partir de l'évolution du poids et de la condition corporelle.


Comment estime-t-on les besoins énergétiques ?

Une équation couramment employée pour calculer le besoin énergétique au repos, ou RER (Resting Energy Requirement), est :

RER = 70 × poids corporel (kg)^0,75

Cette équation fournit une estimation de l'énergie nécessaire au repos, exprimée en kilocalories par jour. Elle ne représente pas directement la quantité d'énergie qu'un chien doit recevoir quotidiennement dans ses conditions habituelles de vie.

Pour estimer le besoin énergétique d'entretien, ou MER (Maintenance Energy Requirement), on applique généralement un coefficient tenant compte du profil de l'animal. Les coefficients proposés sont variables et doivent être adaptés à la situation : il n'existe pas de valeur universelle applicable à tous les chiens adultes.


Exercice pratique — De l'étiquette à la gamelle : calculer la ration quotidienne de son chien

Pour comprendre comment déterminer une ration alimentaire, prenons l'exemple d'un chien adulte stérilisé de 20 kg, en bonne santé, présentant une condition corporelle satisfaisante (5/9 sur l'échelle BCS).


Il reçoit des croquettes CaniÉquilibre Adulte Poulet & Riz, un aliment fictif dont l'étiquette reproduit les informations habituellement présentes sur un sac de croquettes.

Le fabricant indique une énergie métabolisable de 3 850 kcal/kg. C'est cette valeur qui nous permettra de convertir les besoins énergétiques du chien en quantité d'aliment.

Étape 1 — Calculer le besoin énergétique au repos (RER)

La formule utilisée est :

RER = 70 × poids (kg)^0,75

Pour notre chien de 20 kg :

RER = 70 × 20^0,75 ≈ 662 kcal/jour.


Cette valeur représente une estimation des besoins énergétiques au repos, et non la quantité de nourriture à distribuer.

Étape 2 — Estimer le besoin énergétique d'entretien (MER)

Pour cet exercice, nous retenons un coefficient multiplicateur de 1,6, utilisé comme hypothèse de départ pour estimer les dépenses d'un chien adulte stérilisé. Ce choix ne constitue pas une recommandation applicable à tous les chiens stérilisés : certains auront besoin d'un coefficient plus faible ou plus élevé selon leur activité, leur composition corporelle et leur métabolisme.

MER = RER × 1,6

MER = 662 × 1,6 ≈ 1 059 kcal/jour.

Il s'agit d'une estimation initiale. Rapportée au poids métabolique du chien, cette estimation correspond à environ 112 kcal/kg⁰·⁷⁵ par jour, une valeur proche de l'hypothèse de 110 kcal/kg⁰·⁷⁵ utilisée dans certaines recommandations FEDIAF pour les chiens adultes.

Les besoins réels peuvent varier selon l'activité physique, la composition corporelle et les caractéristiques individuelles.

Étape 3 — Calculer la quantité de croquettes

L'énergie métabolisable indiquée sur le sac est de 3 850 kcal/kg.

Ration quotidienne en kg = 1 059 / 3 850 soit 0,275kg

Ration théorique ≈ 275 g de croquettes par jour.

Cette quantité peut être répartie en deux repas, soit environ 137 à 138 g par repas, si ce rythme convient au chien.

Pour aller plus vite, vous pouvez utiliser ce calculateur :


Étape 4 — Comparer avec les recommandations du fabricant

Sur notre étiquette fictive, le tableau de rationnement indique 270 g/jour pour un chien de 20 kg. Notre calcul aboutit à 275 g/jour, soit une différence de seulement 5 g. Les deux estimations sont donc très proches.

Cette concordance est propre à notre exemple : dans la réalité, les quantités recommandées par le fabricant et celles obtenues par calcul peuvent différer sensiblement, notamment parce qu'elles reposent sur des hypothèses énergétiques différentes.

Étape 5 — Ajuster la ration à partir des observations

Les 275 g calculés constituent une ration de départ, à condition que les croquettes soient nutritionnellement adaptées au chien.

Il faudra ensuite suivre son poids et sa condition corporelle. Si le chien prend progressivement du poids sans modification de son activité, la quantité distribuée pourra nécessiter un ajustement. À l'inverse, une perte de poids inattendue devra être examinée, notamment pour en rechercher une éventuelle cause médicale.

Les friandises, récompenses d'entraînement et autres aliments doivent également être intégrés au bilan énergétique total.


Ce qu'il faut retenir

Le calcul des besoins énergétiques permet d'estimer une quantité alimentaire initiale. La valeur énergétique indiquée sur le sac permet ensuite de convertir cette estimation en grammes de croquettes.

Mais le résultat ne constitue pas une prescription définitive : la ration doit toujours être adaptée à l'animal et régulièrement réévaluée.


La quantité de nourriture peut-elle influencer la longévité ?

Une étude de longue durée publiée par Kealy et ses collègues en 2002 a suivi 48 Labrador Retrievers répartis en paires. Dans chaque paire, l'un des chiens recevait une quantité alimentaire inférieure de 25 % à celle de son partenaire, tout en consommant le même aliment. Les chiens du groupe recevant moins de nourriture ont présenté une survie médiane supérieure d'environ 1,8 an, ainsi qu'une apparition plus tardive de certaines affections liées à l'âge, notamment l'arthrose.

L'interprétation de cette expérience nécessite toutefois une précision importante : les chiens recevant moins de nourriture ont généralement conservé une condition corporelle plus favorable, tandis que ceux du groupe témoin présentaient davantage de réserves graisseuses. L'étude montre ainsi les bénéfices possibles d'une maîtrise durable des apports énergétiques et de l'état corporel. Elle ne démontre pas qu'il serait bénéfique de réduire systématiquement de 25 % la ration d'un chien déjà en condition corporelle optimale. Elle concernait par ailleurs une seule race, dans des conditions expérimentales contrôlées.

Cette recherche a été menée dans le cadre des travaux de Nestlé Purina, auquel appartenait notamment l'auteur principal. Ce lien industriel doit être connu, sans suffire à invalider les résultats. Pour le propriétaire, l'objectif n'est pas de nourrir son chien le moins possible, mais d'ajuster ses apports afin de maintenir une condition corporelle et musculaire appropriée, sans carence nutritionnelle.

L'objectif pratique n'est donc pas de nourrir le chien le moins possible, mais de lui fournir une quantité d'énergie adaptée, permettant de maintenir une condition corporelle satisfaisante tout en couvrant ses besoins nutritionnels.


4. Les protéines : une question d'acides aminés, pas seulement de viande

Les protéines remplissent de nombreuses fonctions indispensables. Elles participent au renouvellement des tissus, au développement et au maintien de la masse musculaire, au fonctionnement du système immunitaire ainsi qu'à la production d'enzymes et de nombreuses molécules biologiquement actives.

Sur le plan nutritionnel, leur intérêt repose notamment sur les acides aminés qu'elles fournissent. Le chien peut synthétiser certains de ces acides aminés, mais dix doivent être apportés par son alimentation : l'arginine, l'histidine, l'isoleucine, la leucine, la lysine, la méthionine, la phénylalanine, la thréonine, le tryptophane et la valine.

Cette distinction explique pourquoi deux aliments affichant la même teneur en protéines brutes ne sont pas nécessairement équivalents. Leur composition en acides aminés essentiels peut différer, tout comme leur digestibilité et la disponibilité effective des acides aminés pour l'organisme. La quantité totale de protéines constitue donc un indicateur utile, mais insuffisant à elle seule pour juger de leur valeur nutritionnelle.


Les protéines doivent-elles obligatoirement être animales ?

Les ingrédients d'origine animale constituent souvent des sources intéressantes de protéines, notamment grâce à leur profil en acides aminés et à leur digestibilité. Cependant, leur origine ne garantit pas automatiquement leur qualité nutritionnelle. Des différences existent entre ingrédients animaux, méthodes de préparation et procédés de transformation.

Les protéines végétales peuvent elles aussi contribuer à couvrir les besoins du chien. Certaines présentent toutefois des limitations relatives en acides aminés indispensables ou des caractéristiques de digestibilité différentes. Leur utilisation nécessite donc de raisonner sur l'ensemble de la formulation, éventuellement en associant plusieurs sources protéiques.

Le chien a besoin d'acides aminés utilisables, et non d'une proportion prédéterminée de viande. Cette observation ne signifie pas que tous les régimes présentent la même facilité de formulation, mais elle permet d'évaluer les aliments sur des critères nutritionnels plutôt que sur la seule origine des ingrédients.


Quelle quantité de protéines faut-il apporter ?

Les recommandations nutritionnelles varient avec le stade physiologique et les hypothèses retenues pour les besoins énergétiques. Dans ses lignes directrices de 2025, la FEDIAF recommande, pour la formulation des aliments complets destinés aux chiens adultes, un niveau minimal de 52,1 g de protéines pour 1 000 kcal lorsque le besoin énergétique de référence est de 95 kcal/kg⁰·⁷⁵. Pour une référence énergétique de 110 kcal/kg⁰·⁷⁵, ce niveau est de 45 g pour 1 000 kcal.

Cette différence peut surprendre, mais elle est logique : un chien qui consomme moins d'énergie doit recevoir une alimentation suffisamment concentrée en nutriments essentiels pour couvrir ses besoins malgré une quantité alimentaire réduite.

Ces valeurs correspondent à des niveaux recommandés pour la formulation d'aliments complets ; elles ne représentent ni un plafond protéique ni le besoin exact de chaque individu. Il serait également incorrect d'en déduire qu'un aliment plus riche en protéines est nécessairement supérieur.


5. Les lipides : bien plus qu'une source de calories

Les matières grasses constituent une source d'énergie particulièrement concentrée. Elles interviennent également dans la structure des membranes cellulaires, le fonctionnement de nombreux systèmes biologiques et l'absorption des vitamines liposolubles. Leur intérêt nutritionnel ne se limite donc pas au nombre de calories qu'elles apportent.

Certains acides gras sont indispensables parce que le chien ne peut pas les synthétiser en quantité suffisante. C'est notamment le cas de l'acide linoléique, appartenant à la famille des oméga-6. D'autres acides gras, notamment certains oméga-3, jouent des rôles importants dans différents contextes physiologiques. Les recommandations tiennent particulièrement compte des besoins liés à la croissance et à la reproduction.

Les oméga-3 et les oméga-6 sont parfois présentés comme deux groupes opposés, les premiers étant systématiquement bénéfiques et les seconds favorisant l'inflammation. Cette représentation simplifie excessivement leurs fonctions. Différents acides gras de ces familles interviennent dans des mécanismes complexes, dont les effets dépendent des molécules concernées, des apports et de l'état physiologique. Il n'est donc pas pertinent de rechercher un rapport universel présenté comme idéal pour tous les chiens.

Une alimentation riche en lipides peut être particulièrement intéressante pour un animal ayant des dépenses énergétiques importantes. Chez un chien peu actif, elle peut au contraire favoriser un excès calorique si la ration n'est pas ajustée. Certaines situations médicales nécessitent également une adaptation des quantités et de la nature des matières grasses.

L'évaluation nutritionnelle doit donc considérer à la fois la quantité totale de lipides, leur composition en acides gras et leur contribution à l'apport énergétique.


6. Les glucides : utiles sans être nécessairement indispensables

Les glucides alimentaires comprennent différentes familles de molécules, notamment les sucres, l'amidon et plusieurs composés classés parmi les fibres. Leurs propriétés digestives et leurs fonctions physiologiques sont très différentes.

Le glucose joue un rôle essentiel dans le métabolisme, mais le chien possède des mécanismes lui permettant d'en produire à partir de précurseurs non glucidiques, notamment grâce à la néoglucogenèse. Chez le chien adulte en bonne santé, aucun apport alimentaire minimal en glucides digestibles n'a été établi.

Cette absence de besoin minimal ne signifie pas que les glucides sont inutiles. L'amidon correctement préparé peut constituer une source d'énergie digestible, susceptible de contribuer efficacement à la couverture des besoins énergétiques.

La situation est toutefois différente pendant la gestation et la lactation. Les besoins en glucose sont alors particulièrement importants, notamment pour le développement des fœtus et la production de lait. Les recommandations nutritionnelles tiennent compte de la présence de glucides dans les formulations destinées à la reproduction. Une alimentation très pauvre en glucides ne peut donc pas être évaluée chez une chienne reproductrice en appliquant simplement les mêmes raisonnements que chez un adulte à l'entretien.

Il faut distinguer le caractère indispensable d'un nutriment de son utilité possible dans une formulation alimentaire.


La cuisson change-t-elle la digestibilité de l'amidon ?

L'amidon présent dans les végétaux est organisé en structures dont l'accessibilité aux enzymes digestives varie. Lorsqu'il est chauffé dans des conditions appropriées d'humidité, il peut subir une gélatinisation facilitant généralement l'action des amylases.

La digestibilité dépend néanmoins de la source d'amidon, des conditions de préparation et de la composition globale de l'aliment. Il serait donc incorrect d'assimiler tous les amidons crus ou tous les amidons cuits à une catégorie nutritionnellement homogène.

Cette question est particulièrement importante lorsqu'on compare des aliments industriels extrudés, des rations ménagères cuites et des préparations crues. Nous l'examinerons plus en détail dans le deuxième article.


Quel est le rôle des fibres alimentaires ?

Une partie des fibres échappe à la digestion enzymatique dans l'intestin grêle et parvient au gros intestin. Certaines sont fermentées par les microorganismes du microbiote intestinal, produisant notamment des acides gras à chaîne courte. D'autres influencent davantage le volume des selles, leur teneur en eau et le transit intestinal.

Les propriétés des fibres dépendent notamment de leur structure, de leur solubilité et de leur fermentescibilité. Il ne suffit donc pas de connaître la quantité totale de « fibres brutes » indiquée sur une étiquette pour prévoir précisément leurs effets physiologiques.

Dans certaines situations, une formulation adaptée en fibres peut contribuer à la gestion du transit ou de la satiété. À l'inverse, des apports excessifs ou mal adaptés peuvent entraîner une mauvaise tolérance digestive.


Les céréales sont-elles nécessaires ?

Aucune céréale particulière n'est indispensable au chien. Le blé, le riz ou le maïs ne constituent donc pas des ingrédients obligatoires d'une alimentation équilibrée.

Leur présence ne démontre toutefois pas qu'un aliment est de mauvaise qualité. Correctement préparées et utilisées dans une formulation adaptée, les céréales peuvent apporter de l'énergie ainsi que différents nutriments.

Certaines formulations, notamment celles contenant de fortes proportions de légumineuses, ont également fait l'objet d'investigations concernant des cas de cardiomyopathie dilatée canine. Les données disponibles ne permettent pas d'attribuer cette affection au seul fait qu'un aliment contienne ou non des céréales. Nous examinerons cette question dans le deuxième article, consacré à la composition des aliments.

La distinction entre alimentation « avec céréales » et « sans céréales » ne suffit donc pas à établir une hiérarchie nutritionnelle. Il faut examiner la composition globale, la digestibilité et l'adéquation aux besoins du chien.


7. Vitamines et minéraux : des besoins parfois invisibles

Les discussions sur l'alimentation canine se concentrent fréquemment sur les proportions de viande, de protéines ou de glucides. Pourtant, l'équilibre des vitamines et des minéraux est tout aussi essentiel. Ces nutriments interviennent dans de nombreux mécanismes biologiques et leurs insuffisances peuvent avoir des conséquences importantes, parfois avant même l'apparition de signes cliniques évidents.

Le calcium et le phosphore jouent notamment un rôle majeur dans la minéralisation osseuse et dans différentes fonctions cellulaires. Leurs quantités doivent être adaptées, mais leur rapport constitue également un paramètre important. Une ration principalement composée de viande musculaire, par exemple, peut apporter beaucoup de phosphore tout en étant insuffisante en calcium.

La croissance représente une période particulièrement sensible à ces déséquilibres. Chez les chiots de grandes races, des apports énergétiques ou minéraux inadaptés peuvent contribuer à des troubles du développement. Ajouter des os ou un complément calcique sans évaluation préalable ne garantit donc pas l'équilibre de la ration et peut entraîner de nouveaux excès.

Les oligoéléments, comme le zinc, le cuivre, l'iode, le manganèse ou le sélénium, interviennent dans de nombreuses réactions métaboliques et enzymatiques. Bien qu'ils soient nécessaires en petites quantités, leurs carences et leurs excès peuvent être préjudiciables. Des interactions entre minéraux peuvent également modifier leur absorption et leur utilisation par l'organisme.

Les vitamines assurent elles aussi des fonctions très diverses. Certaines participent au métabolisme énergétique, d'autres à la coagulation, au fonctionnement neurologique ou à la protection des cellules. Les vitamines liposolubles, notamment A et D, peuvent présenter des risques particuliers lorsqu'elles sont apportées en excès.

La principale difficulté est que la variété des ingrédients ne garantit pas l'équilibre nutritionnel. Une ration comprenant viande, abats, légumes et huiles peut sembler diversifiée tout en restant insuffisante en certains micronutriments ou excessive en d'autres. Ces déséquilibres ne sont pas toujours détectables par la simple observation de l'animal.

C'est pourquoi une ration destinée à constituer l'alimentation habituelle du chien doit être évaluée dans son ensemble, en tenant compte des quantités, des proportions et de la disponibilité des nutriments.


8. L'eau : un nutriment essentiel trop souvent oublié

L'eau intervient dans pratiquement toutes les fonctions physiologiques : transport des nutriments, maintien du volume sanguin, thermorégulation, élimination des déchets et fonctionnement des cellules. Les besoins hydriques varient selon l'activité, les conditions climatiques, l'état physiologique et la composition des aliments.

La teneur en eau de la nourriture influence directement les quantités que le chien doit boire. Les aliments humides apportent une proportion importante d'eau, tandis que les croquettes en contiennent relativement peu. Un chien consommant principalement des aliments secs doit donc généralement couvrir une plus grande part de ses besoins hydriques par l'eau de boisson.

Cette différence explique pourquoi comparer uniquement les volumes d'eau bus par deux chiens nourris différemment peut conduire à une interprétation erronée. Il faut considérer l'apport hydrique total, incluant l'eau contenue dans les aliments.

L'accès permanent à une eau propre et disponible reste indispensable, sauf indication vétérinaire exceptionnelle. Une augmentation ou une diminution marquée de la consommation d'eau, surtout lorsqu'elle s'accompagne d'autres symptômes, peut également justifier une consultation vétérinaire.


9. Les besoins nutritionnels évoluent au cours de la vie

Les besoins d'un chien ne restent pas constants entre sa naissance et sa vieillesse. Ils évoluent notamment avec la croissance, la reproduction, l'activité, le vieillissement et l'état de santé.

Chez le chiot, l'alimentation doit apporter suffisamment d'énergie et de nutriments pour permettre le développement des tissus et du squelette. Cela ne signifie pas qu'il faut rechercher la croissance la plus rapide possible. Une vitesse de croissance excessive, notamment chez les grandes races, peut être défavorable au développement locomoteur. L'équilibre énergétique et minéral demande donc une attention particulière.

Pendant la gestation, puis surtout pendant la lactation, les besoins nutritionnels augmentent. La production de lait représente une dépense énergétique importante, qui dépend notamment du nombre de chiots et du stade de lactation. Une alimentation conçue pour l'entretien d'un chien adulte peut alors ne plus suffire.

À l'âge adulte, l'objectif principal consiste généralement à maintenir un état corporel et une masse musculaire appropriés tout en couvrant les besoins nutritionnels. Les différences d'activité et les caractéristiques individuelles jouent alors un rôle important dans la détermination de la quantité alimentaire.

Le vieillissement s'accompagne de modifications variables de l'activité, de la composition corporelle et parfois de l'efficacité de certains mécanismes physiologiques. Il ne faut cependant pas considérer que tous les chiens âgés ont automatiquement besoin de moins de protéines. Le maintien de la masse musculaire reste important et les adaptations doivent tenir compte de l'état clinique de l'animal.

Enfin, certaines maladies peuvent modifier profondément les objectifs nutritionnels. Les affections rénales, digestives, hépatiques ou endocriniennes nécessitent parfois une alimentation thérapeutique et un suivi vétérinaire individualisé. Les recommandations destinées aux animaux en bonne santé ne doivent pas être appliquées sans adaptation dans ces situations.

Les besoins nutritionnels évoluent donc tout au long de la vie, mais aussi en fonction de l'activité et de l'état de santé. Le tableau suivant résume les principaux points de vigilance selon la situation du chien.


Tableau 2 — Les besoins évoluent au cours de la vie

Stade ou situation

Enjeux nutritionnels principaux

Chiot

Croissance, densité nutritionnelle, énergie et équilibre minéral

Adulte

Entretien, stabilité pondérale et préservation musculaire

Chien sportif

Dépenses énergétiques, tolérance digestive, hydratation

Gestation

Adaptation progressive des apports

Lactation

Forte augmentation possible des besoins énergétiques

Senior

Masse musculaire, condition corporelle, état clinique

Maladie

Adaptations nutritionnelles individualisées


10. Comment savoir si son chien est correctement nourri?

Une alimentation formulée pour couvrir les besoins nutritionnels doit également convenir à l'animal qui la consomme. L'évaluation ne repose donc pas uniquement sur la lecture d'une composition alimentaire, mais aussi sur l'observation régulière du chien.


Le poids et la condition corporelle

Le suivi du poids permet d'identifier des évolutions progressives, mais il ne renseigne pas directement sur la proportion de graisse et de muscle. Un chien peut conserver un poids relativement stable tout en perdant de la masse musculaire et en accumulant du tissu adipeux.

Pour compléter cette mesure, les vétérinaires utilisent notamment la note d'état corporel, ou BCS (Body Condition Score). La WSAVA propose une échelle de 1 à 9, dans laquelle les notes 4 et 5 correspondent généralement à une condition corporelle recherchée chez le chien adulte.

Cette échelle permet de classer les chiens selon l'importance de leurs réserves graisseuses. L'observation de la silhouette fournit de premiers indices, mais la palpation reste indispensable pour attribuer une note fiable. La figure suivante illustre les neuf niveaux de condition corporelle, tandis que le tableau en résume les trois grandes catégories.


Echelle d'état corporel (BCS) du chien

Figure 1 Echelle d'état corporel BCS su chien


Tableau 3 — Interpréter la condition corporelle

Note BCS

État corporel

Principaux critères

1–3/9

Insuffisance de réserves graisseuses

Côtes et reliefs osseux de plus en plus visibles et facilement palpables

4–5/9

Condition corporelle recherchée

Côtes facilement palpables, taille visible, remontée abdominale généralement perceptible

6–9/9

Excès de réserves graisseuses

Côtes progressivement plus difficiles à palper, taille moins marquée, dépôts graisseux croissants

Adapté des critères d'évaluation corporelle WSAVA. Le détail varie selon chaque note et la morphologie du chien.


Cette évaluation associe l'observation et la palpation. Chez un chien présentant une condition corporelle adaptée, les côtes doivent généralement être palpables sans pression importante, avec une couverture graisseuse limitée. Une taille doit être perceptible vue du dessus et une remontée abdominale visible de profil, en tenant compte des variations morphologiques.

La note d'état corporel doit être complétée par une évaluation de la condition musculaire, ou MCS (Muscle Condition Score). Celle-ci permet notamment d'identifier une fonte musculaire qui pourrait passer inaperçue chez un animal présentant des réserves graisseuses importantes.


Hydratation, selles et pelage

L'état d'hydratation peut être apprécié à partir de plusieurs observations, mais aucun signe isolé ne permet de l'évaluer précisément à domicile. La souplesse de la peau, par exemple, varie aussi avec l'âge et la composition corporelle, ce qui limite la fiabilité du pli cutané. En présence de vomissements, de diarrhée, d'abattement ou d'une suspicion de déshydratation, une évaluation vétérinaire est nécessaire.


La consistance et la fréquence des selles apportent des informations utiles sur la tolérance digestive. Des selles persistantes très molles, liquides ou anormalement dures peuvent conduire à rechercher un problème alimentaire ou médical. La qualité du pelage, l'état de la peau, l'appétit et l'activité constituent également des observations intéressantes.

Il faut toutefois éviter une conclusion fréquente : un chien ayant de belles selles et un pelage brillant ne reçoit pas nécessairement une alimentation équilibrée. Certaines carences ou certains excès nutritionnels peuvent rester longtemps discrets. Ces observations sont donc utiles pour le suivi, mais elles ne remplacent pas l'évaluation de la composition nutritionnelle de la ration.


Figure 2 — Échelle de consistance des selles du chien, de 1 (très dures et sèches) à 7 (liquides). Illustration pédagogique originale inspirée des catégories de la grille Purina. La notation permet un suivi descriptif, mais ne constitue pas un diagnostic.


Sur l'échelle Purina, la note 2 correspond à la consistance généralement considérée comme idéale. La note 3 décrit des selles un peu plus humides ou moins fermes, qui ne constituent pas nécessairement un signe de maladie. L'interprétation dépend de la fréquence des selles, de leur évolution et de l'état général du chien. Les notes 1 et 4 à 7 signalent des consistances inhabituelles, mais ne permettent pas, à elles seules, de conclure à une maladie. Une selle ponctuellement molle n'a pas la même signification qu'une diarrhée persistante : la fréquence des défécations, l'âge du chien, les efforts éventuels, la présence de sang ou de mucus et l'état général doivent également être pris en compte. Une diarrhée importante ou persistante, du sang dans les selles ou un abattement justifient un avis vétérinaire rapide.

Cette grille facilite le suivi de la consistance des selles, notamment lors d'un changement alimentaire. Son interprétation comporte néanmoins une part de subjectivité : les travaux de Cavett et al. (2021) ont notamment étudié la concordance des évaluations réalisées par différents observateurs. Elle constitue donc un outil descriptif, et non un test diagnostique.


11. Comment les scientifiques définissent-ils les besoins nutritionnels ?

Les recommandations nutritionnelles reposent sur différentes catégories de recherches : expériences d'alimentation, études métaboliques, évaluations de digestibilité, observations de la croissance et synthèses de la littérature scientifique.

Le National Research Council (NRC), organisme scientifique américain, a publié en 2006 un ouvrage de référence consacré aux besoins nutritionnels des chiens et des chats. En Europe, la FEDIAF, fédération représentant l'industrie des aliments pour animaux familiers, publie des recommandations utilisées pour la formulation des aliments complets et complémentaires. Ces lignes directrices s'appuient notamment sur les travaux du NRC et sur l'évaluation de la littérature par un comité scientifique consultatif comprenant des spécialistes indépendants. Elles constituent une référence technique importante, mais ne doivent pas être confondues avec une réglementation publique.

Ces recommandations fournissent des repères quantitatifs pour les différents nutriments. Le tableau suivant présente quelques exemples issus des lignes directrices FEDIAF 2025, en distinguant les chiens adultes selon leur besoin énergétique de référence et les chiots en début de croissance. Les valeurs sont exprimées pour 1 000 kcal d'énergie métabolisable, afin de pouvoir comparer les apports indépendamment de la quantité d'aliment consommée.


Tableau 4 — Recommandations nutritionnelles FEDIAF 2025

Niveaux minimaux recommandés pour la formulation d'aliments complets pour chiens, exprimés pour 1 000 kcal d'énergie métabolisable. Source : Source : FEDIAF, Nutritional Guidelines, édition septembre 2025, tableau III-3b, p. 16

Nutriment

Adulte (95 kcal/kg⁰·⁷⁵)

Adulte (110 kcal/kg⁰·⁷⁵)

Croissance précoce

Protéines, g

52,10

45,00

62,50

Lipides, g

13,75

13,75

21,25

Acide linoléique, g

3,82

3,27

3,25

Calcium, g

1,45

1,25

2,50

Phosphore, g

1,16

1,00

2,25

Zinc, mg

20,80

18,00

25,00

Vitamine D, UI

159

138

138

La colonne « croissance précoce » concerne les chiots de moins de 14 semaines, dans les conditions prévues par la FEDIAF. Les apports destinés à la croissance tardive, les rapports entre minéraux, les plafonds nutritionnels et les notes spécifiques ne figurent pas dans ce tableau abrégé. Il ne doit donc pas servir seul à formuler une ration, notamment pour un chiot.


Ces documents distinguent plusieurs notions qu'il est important de ne pas confondre. Le besoin physiologique minimal correspond à une quantité nécessaire dans les conditions étudiées, tandis que les niveaux recommandés pour la formulation tiennent compte des connaissances disponibles et de certaines contraintes pratiques. Des limites supérieures peuvent également être fixées lorsqu'un excès présente un risque documenté.

Les recommandations ne présentent pas toutes le même niveau de certitude. Les besoins de certains nutriments ont été étudiés de manière approfondie, tandis que d'autres reposent davantage sur des extrapolations ou des données expérimentales plus limitées. Elles constituent donc un cadre scientifique de référence, mais ne permettent pas de déterminer avec une précision absolue les besoins individuels de chaque chien.


Pourquoi exprimer les nutriments pour 1 000 kcal ? Le cas du rapport protido-calorique

La composition nutritionnelle d'un aliment est généralement présentée sous forme de pourcentages. Pourtant, deux aliments contenant une proportion identique de protéines n'apportent pas nécessairement la même quantité de protéines pour un apport énergétique équivalent. En effet, plus un aliment est riche en énergie, moins le chien doit en consommer pour couvrir ses besoins caloriques.

C'est pourquoi les référentiels nutritionnels expriment fréquemment les apports en nutriments pour 1 000 kcal d'énergie métabolisable. Cette méthode permet de comparer des aliments dont les densités énergétiques diffèrent, notamment les croquettes, les pâtées et les rations préparées à domicile.

Le rapport protido-calorique (RPC) illustre ce principe. Il correspond à la quantité de protéines apportée pour 1 000 kcal d'énergie métabolisable et s'exprime en g/1 000 kcal.

Prenons deux aliments contenant chacun 25 % de protéines brutes, soit 250 g de protéines par kilogramme d'aliment. Si le premier fournit 3 000 kcal/kg, son RPC est de 83,3 g/1 000 kcal. Si le second apporte 4 000 kcal/kg, son RPC est de 62,5 g/1 000 kcal. Malgré un pourcentage de protéines identique, le premier apporte donc environ 33 % de protéines supplémentaires pour une même quantité d'énergie.

Le RPC constitue ainsi un indicateur utile pour comparer les aliments et apprécier leur densité protéique. Il ne suffit cependant pas à évaluer leur qualité nutritionnelle : la digestibilité des protéines et leur composition en acides aminés essentiels restent déterminantes.


Conclusion — Bien nourrir son chien commence par comprendre ses besoins

Le chien possède un héritage évolutif de carnivore, mais sa domestication s'est accompagnée d'adaptations lui permettant d'exploiter des ressources alimentaires diversifiées. Ni cette histoire évolutive ni sa physiologie digestive ne permettent de déduire qu'une composition alimentaire unique conviendrait à tous les individus.

Ses besoins portent d'abord sur l'énergie, l'eau, les acides aminés essentiels, les acides gras, les vitamines et les minéraux. Ces nutriments doivent être apportés en quantités appropriées et sous une forme utilisable, en tenant compte du stade physiologique, de l'activité et de l'état de santé.

La qualité d'une alimentation ne peut donc pas être déterminée uniquement à partir de la présence de viande, de céréales ou d'ingrédients peu transformés. Elle doit être évaluée à partir de sa capacité à couvrir les besoins nutritionnels, de sa tolérance et de ses effets sur l'état de l'animal.

Bien nourrir son chien ne consiste pas à défendre une méthode alimentaire, mais à comprendre ses besoins et à vérifier qu'on y répond durablement.

Dans le prochain article, nous examinerons la composition et la fabrication des croquettes, des pâtées et des rations ménagères, ainsi que ce que les études permettent réellement de dire de leurs avantages et de leurs limites. Un troisième article sera ensuite consacré à l'alimentation crue, à ses bénéfices potentiels et à ses risques documentés.



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Références

  1. Axelsson E. et al. (2013). The genomic signature of dog domestication reveals adaptation to a starch-rich diet. Nature, 495, 360–364. https://doi.org/10.1038/nature11837

  2. Ollivier, M., et al. (2016). Amy2B copy number variation reveals starch diet adaptations in ancient European dogs. Royal Society Open Science, 3, 160449. https://doi.org/10.1098/rsos.160449

  3. Bermingham E. N. et al. (2014). Energy Requirements of Adult Dogs: A Meta-Analysis. PLOS ONE, 9(10), e109681. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0109681

  4. Kealy R. D. et al. (2002). Effects of diet restriction on life span and age-related changes in dogs. Journal of the American Veterinary Medical Association, 220, 1315–1320. https://doi.org/10.2460/javma.2002.220.1315

  5. National Research Council (2006). Nutrient Requirements of Dogs and Cats. National Academies Press. https://doi.org/10.17226/10668

  6. FEDIAF (2025). Nutritional Guidelines for Complete and Complementary Pet Food for Cats and Dogs. https://europeanpetfood.org/self-regulation/nutritional-guidelines/

  7. WSAVA. Global Nutrition Guidelines and Nutritional Toolkit. https://wsava.org/global-guidelines/global-nutrition-guidelines/

  8. Burron, S., et al. (2024). The balance of n-6 and n-3 fatty acids in canine, feline, and equine nutrition: exploring sources and the significance of alpha-linolenic acid.

  9. Purina Institute. Purina Fecal Scoring Chart. Ressource officielle.

  10. Cavett, C. L., Tonero, M., Marks, S. L., Winston, J. A., Gilor, C., & Rudinsky, A. J. (2021). Consistency of faecal scoring using two canine faecal scoring systems. Journal of Small Animal Practice, 62(3), 167–173. https://doi.org/10.1111/jsap.13283

  11. Scarpim et al. (2026). Challenges and Methodologies to Assess Protein Requirement and Quality Across Different Life Stages in Dogs: A Review. Animals, 16(2), 228. https://doi.org/10.3390/ani16020228

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