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Soins coopératifs : comment apprendre à son chien ou à son chat à participer aux soins ?

Photo du rédacteur: Anne-Laure Bougé
Anne-Laure Bougé
il y a 3 jours
6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 heure

Et si brosser son chien, soigner les oreilles de son chat ou préparer une visite vétérinaire ne nécessitait pas toujours de le maintenir de force ? Des girafes aux animaux de compagnie, une autre manière de préparer les soins se développe : apprendre à l'animal à y participer.


Crédits photos : Hayffield L

Votre chien disparaît dès que vous sortez la brosse. Votre chat se débat lorsque vous tentez de lui nettoyer les oreilles. Et pour couper les griffes, il faut parfois être deux : une personne tient l'animal pendant que l'autre essaie de terminer le soin au plus vite.

Ces situations sont familières à de nombreux propriétaires. Les gestes paraissent simples, parfois indispensables, mais les animaux ne les vivent pas nécessairement de cette manière.

Face à leurs réactions, nous avons souvent le réflexe de les maintenir plus fermement, de les distraire avec une friandise ou d'essayer d'aller plus vite.

Et si le problème ne venait pas seulement du geste à réaliser, mais aussi de la façon dont l'animal peut anticiper ce qui va se passer et y participer ?


Des girafes qui acceptent une prise de sang

Dans certains parcs zoologiques, les soigneurs entraînent depuis longtemps les animaux à participer aux interventions nécessaires à leur santé.

Cela peut sembler étonnant lorsqu'on pense à la taille ou à la dangerosité de certaines espèces.

Pourtant, une étude publiée en 2024 dans Zoo Biology rapporte des prélèvements sanguins réalisés sur 20 girafes entraînées à présenter volontairement leur cou pour une prise de sang, sans anesthésie ni contention physique.

Les animaux avaient appris à se placer près d'une barrière et à maintenir leur museau au contact d'une cible. Leur participation était encouragée par des récompenses alimentaires, et ils conservaient la possibilité de quitter la séance.

Il ne s'agissait pas de leur faire comprendre la nécessité médicale du prélèvement, mais de construire progressivement des comportements compatibles avec sa réalisation.

Cette étude ne démontre pas que les girafes ne ressentaient aucune peur ou douleur. Elle montre cependant que des procédures habituellement difficiles peuvent être réalisées avec la participation volontaire d'animaux entraînés.

Cette approche porte un nom : les soins coopératifs.


Coopérer n'est pas simplement supporter

Revenons à notre chien qui redoute la brosse.

Il est parfois possible de terminer le toilettage en le maintenant suffisamment longtemps. Mais un chien immobile n'est pas nécessairement un chien détendu. Il peut aussi s'immobiliser parce qu'il ne parvient pas à échapper à la situation.

La contention peut être nécessaire pour certains soins, notamment lorsque la sécurité est en jeu. Mais lorsqu'elle devient la réponse habituelle à la peur ou à l'évitement, elle risque de rendre les manipulations suivantes encore plus difficiles.

Les soins coopératifs proposent une autre démarche : préparer l'animal à accomplir volontairement certains comportements qui facilitent le soin, plutôt que chercher uniquement à obtenir son immobilité.

Un chien peut apprendre à rester debout sur un tapis pendant qu'on le brosse. Un autre à présenter sa patte. Un chat peut apprendre à entrer dans sa caisse de transport ou à placer sa tête à un endroit précis pour faciliter une manipulation.

L'objectif n'est pas nécessairement que l'animal apprécie tous les soins. Il est de rendre les situations plus prévisibles, de réduire les difficultés et de lui donner, lorsque cela est possible, une influence réelle sur leur déroulement.


Et si l'animal pouvait demander une pause ?

C'est l'une des idées les plus intéressantes des soins coopératifs.

Imaginons un chien entraîné à poser son menton sur une petite serviette pour permettre un examen. Tant qu'il maintient cette position, le soignant peut effectuer une manipulation préalablement apprise. S'il relève la tête, l'intervention s'interrompt, dans les conditions prévues pour cet exercice. Ce comportement devient un moyen de participer, mais aussi de faire cesser temporairement le geste.

Le principe paraît simple. Pourtant, il change profondément la relation : le propriétaire n'observe plus seulement si son animal résiste, mais aussi s'il choisit de poursuivre.

Il faut toutefois rester prudent. Une posture apprise ne constitue pas une garantie absolue de confort ou de consentement. Elle doit être interprétée avec l'ensemble du comportement de l'animal, et les possibilités de pause doivent être réellement respectées pendant l'entraînement.


Par quoi peut-on commencer à la maison ?

Il n'est pas nécessaire d'attendre un soin difficile pour commencer.

On peut d'abord apprendre à son chien à rejoindre volontairement un tapis et à y rester quelques instants. Ou proposer à son chat d'approcher librement une cible, sans chercher immédiatement à le manipuler.

Les premières séances peuvent être très courtes. Elles servent à construire une expérience prévisible, avec des récompenses adaptées et des demandes suffisamment faciles pour que l'animal réussisse.

La brosse, le coupe-griffes, la serviette ou la caisse de transport pourront ensuite être introduits progressivement, sans chercher à accomplir immédiatement le soin complet.

Il est également important de distinguer plusieurs apprentissages. Apprendre à présenter une patte ne signifie pas encore accepter qu'une griffe soit coupée. Rester sur un tapis ne signifie pas nécessairement être à l'aise avec le brossage.

Chaque étape demande d'observer les réactions de l'animal et d'adapter la progression.

Ces principes peuvent être utiles aussi bien avec un jeune animal qu'avec un adulte ayant déjà vécu des expériences difficiles. Le temps nécessaire sera cependant très variable et aucune méthode ne garantit une coopération complète dans toutes les situations.


Au-delà des soins : quand l'animal peut choisir

Je garde un souvenir particulier d'un chien rencontré en refuge. Les contacts physiques étaient difficiles pour lui : il pouvait manifester des comportements agressifs lorsque des familles souhaitaient le caresser, ce qui compliquait son adoption.

Une approche originale avait été mise en place. Le chien avait appris à toucher une main pour indiquer qu'une caresse pouvait commencer. Pendant l'interaction, les contacts étaient régulièrement interrompus pour lui proposer de renouveler ce geste. S'il ne touchait plus la main, les caresses cessaient, sans insistance.

Cette manière de procéder avait contribué à faciliter les rencontres avec les familles et son adoption.

Ce qui m'a marquée, c'est le changement de perspective : plutôt que de chercher à rendre ce chien plus tolérant aux caresses, on avait appris aux humains à lui demander s'il souhaitait être touché, puis à respecter sa réponse.

Le principe dépasse donc les seuls soins médicaux ou d'hygiène : il peut aussi nous aider à construire des interactions dans lesquelles l'animal dispose d'un véritable pouvoir de choix.


Et quand le soin ne peut pas attendre ?

Un chat souffrant d'une affection douloureuse, un chien présentant une blessure ou un animal nécessitant une intervention urgente ne peut pas toujours attendre plusieurs semaines d'entraînement.

Les soins coopératifs ne remplacent ni les soins vétérinaires indispensables, ni les traitements contre la douleur, ni les moyens de sécurité nécessaires.

Lorsqu'une manipulation provoque une peur intense ou présente un risque, il peut être préférable de modifier le protocole de soin, d'utiliser une contention minimale adaptée ou d'envisager, avec le vétérinaire, une prémédication, une sédation ou une anesthésie selon les besoins.

Il ne s'agit pas d'opposer coopération et médecine vétérinaire, mais de les associer intelligemment.

La coopération se construit principalement lorsque l'on dispose du temps et des conditions nécessaires pour apprendre. Elle permet de préparer les soins futurs. Et lorsque la situation l'exige, d'autres moyens doivent garantir la sécurité et le confort de l'animal.


Une autre façon de prendre soin

Les soins coopératifs ne promettent pas de transformer chaque manipulation en moment agréable. Ils invitent plutôt à changer de question.

Au lieu de se demander seulement « Comment réussir à faire ce soin ? », on peut aussi chercher à comprendre : « Que faudrait-il apprendre à mon animal pour qu'il puisse y participer plus sereinement ? »

Ce changement de perspective peut commencer par un geste aussi simple que s'approcher d'une brosse, monter sur un tapis ou entrer volontairement dans une caisse.

Et c'est peut-être là que réside l'intérêt le plus important des soins coopératifs : ne plus considérer l'animal uniquement comme celui à qui l'on fait quelque chose, mais comme un partenaire dont les réactions contribuent à organiser le soin.


Pour aller plus loin


Retrouvez nos articles de vulgarisation scientifique et nos prochaines ressources consacrées au comportement et au bien-être des chiens et des chats.



Références

Cole J. E. et al. (2024). Venous blood gas and lactate values in adult giraffe trained for voluntary jugular phlebotomy. Zoo Biology, 43(4), 371–375. DOI : 10.1002/zoo.21831.

Brando S., Norman M. (2023). Handling and Training of Wild Animals: Evidence and Ethics-Based Approaches and Best Practices in the Modern Zoo. Animals, 13(14), 2247. DOI : 10.3390/ani13142247.

Shnookal J., Tepper D., Howell T., Bennett P. (2024). Counterconditioning-based interventions for companion dog behavioural modification: A systematic review. Applied Animal Behaviour Science, 276, 106305. DOI : 10.1016/j.applanim.2024.106305.

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